149 DES OBJETS CONSERVéS MIRACULEUSEMENT R ENGERT E LBURG ET H ARALD S TA ¨ UBLE DES FENêTRES SUR LE PASSé: LES VESTIGES DéCOUVERTS DANS LES PUITS DU NéOLITHIQUE ANCIEN Les sols légers, bien drainés et totalement décalciiés, choisis par les colons rubanés, sont un environnement désastreux pour la conservation des vestiges organiques, qui ne nous parviennent que lorsqu’ils ont été carbonisés. Dans la plupart des cas, même les os se sont quasiment dissous en sept mille ans. Contrairement aux sites d’habitat du Néolithique récent de bord de lac du domaine circum-alpin, aucun site en milieu humide n’est connu pour le Rubané. Parmi la grande variété des matériaux utilisés au Néolithique ancien, seuls les objets les plus résistants ont survécu. Sur la plupart des sites, les seuls vestiges que l’on peut retrouver sont soit naturellement dur comme de la pierre, comme le silex ou d’autres roches, soit artiicielle comme la céramique ou la terre brûlée. L’Âge du Bois et des Matières Organiques, vivant et chatoyant, s’est dégradé en Âge de la Pierre archéo- logique, essentiellement gris. La seule possibilité d’apercevoir la réelle variété des matériaux utilisés dans la vie quotidienne se manifeste quand les objets en matières organiques ont été préservés du milieu extérieur: sous la nappe aquifère près du fond des quelques puits de cette époque. Ces bulles temporelles renferment des vestiges de presque tous les aspects de la vie quotidienne, des outils aux parures, en passant par les céramiques et autres contenants. On y découvre des artefacts utilisés lors de la construction des puits, des objets tombés par inadvertance lors de leur utilisation et tout un ensemble de trouvailles qui se sont retrouvées dans le remplissage des puits après leur abandon, que ce soit des détritus ou des dépôts d’offrandes. Dans de nombreux cas, ces découvertes conirment ce qui avait déjà été déduit des vestiges inorganiques et carbonisés; dans d’autres cas, elles apportent un nouvel éclairage sur de vieux problèmes ou posent de nouvelles questions. Les herminettes en pierre polie [voir Toussaint, ce volume, p. xxx-xxx], l’outil à bois universel du Rubané, constituent d’excellents exemples de ces nouvelles problématiques. En l’absence de manches en bois, celles-ci ont été reconstituées sur base de comparaisons ethnographiques, en particulier de Nouvelle-Guinée, et des découvertes réalisées sur les sites lacustres aux pieds des Alpes. Dans tous ces exemples, l’angle entre l’outil en pierre et le manche en bois est aigu. Les deux éléments en bois trouvés dans les puits d’Erkelenz et d’Eythra (voir carte des puits, dans ce volume) présentent, au contraire, un angle obtus entre le manche et la tête de l’outil (ig. 138). La découverte d’une lame d’herminette emmanchée dans le haut du remplissage du puits d’Altscherbitz (Elburg, 2008) pourrait conirmer qu’il s’agit bien de manches d’herminettes. Bien que le bois ait pourri, l’empreinte laissée dans le sédiment montre la même morphologie que les deux manches en bois conservés. L’inluence de cet angle étonnant sur la prise en main et les utilisations potentielles des herminettes fera, sans aucun doute, l’objet de futurs débats. D’autres outils, probablement associés à la construction des puits, ont également été découverts. Les exemples les plus impressionnants proviennent du puits d’Erkelenz, où deux pelles en bois et deux houes proviennent de l’extérieur du cuvelage du puits (Lüning, 2005: ig. 93- 95). Les pelles, toutes deux réalisées en planches débitées dans un tronc d’érable, sont différentes des pelles modernes: elles n’ont qu’un seul épaulement et on devrait donc plutôt parler de demi-pelles (Weiner & Lehmann, 1998: ig. 11). Elles mesurent 84 et 105 cm de longue, avec une lame étroite et relativement longue, représentant à peu près un tiers de la longueur totale. Les deux houes sont de types différents: l’une, à tranchant Fig. 138 – Manche d’herminette en bois et récipients en matières organiques au fond du puits 21 d’Eythra.