Les saints de la maison de Savoie au XV e siècle par Laurent Ripart (Université de Savoie) Les saints de la maison de Savoie ont de longue date attiré l’attention des historiens modernistes et contemporanéistes. Dans sa Geografia celeste dei duchi di Savoia, Paolo Cozzo a ainsi souligné leur importance dans la formation aux XVI e et XVII e siècles d’une nouvelle religion ducale, alors que « la costruzione dello Stato moderno trovò nella dimensione religiosa del principe e della corte un essenziale fattore di coesione e di rafforzamento 1 ». Défrichant cette même problématique dans le contexte de l’unité italienne, Sara Cabibbo a montré l’importance que les souverains du Piémont-Sardaigne accordèrent au culte de leurs bienheureux ancêtres, dont ils firent les « simboli di una concezione sacrale della sovranità i cui confini si erano estesi a tutta la nazione 2 ». Les travaux des historiens modernistes et contemporanéistes de la maison de Savoie ont ainsi pu montrer que le culte des saints avait constitué un outil majeur pour la dynastie princière, qui les utilisa afin de mieux légitimer dans les cieux la souveraineté qu’elle exerçait sur cette terre. Les historiens médiévistes ont en revanche abouti à des conclusions opposées, en mettant en exergue les réticences ou les difficultés des princes de la maison de Savoie à se parer des oripeaux de la sainteté. Dans une fameuse et magistrale analyse du principat d’Amédée VIII, Jacques Chiffoleau a pu y voir le signe d’une « majesté impossible » qui aurait caractérisé le pouvoir des princes de Savoie à la fin du Moyen Âge 3 . Étudiant les relations que la maison de Savoie entretint au XIV e siècle avec l’institution ecclésiale, Bruno Galland tira des conclusions semblables, en constatant qu’à la cour savoyarde « l’idéal du prince place les qualités chevaleresques très au-dessus des préoccupations religieuses 4 ». Dans sa récente 1 Paolo COZZO, La geografia celeste dei duchi di Savoia. Religione, devozioni e sacralità in uno Stato di età moderna (secoli XVI-XVII), Bologne, 2006, p. 266. Outre cet ouvrage Paolo Cozzo a consacré nombre d’articles à la religiosité princière à l’époque moderne, sujet sur lequel on peut aussi citer le récent article de Michel MERLE, « Le portrait du saint prince : les représentations du bienheureux Amédée IX de Savoie durant la seconde moitié du règne de Charles-Emmanuel I er (1612-1630) », dans Florence Buttay et Axelle Guillausseau (dir.), Des saints d’État ? Politique et sainteté au temps du concile de Trente, Paris, 2012 (Centre Roland Mousnier, 56), p. 137-152. 2 Sara CABIBO, « Dal nido savoiardo al trono d’Italia : i santi di Casa Savoia », dans Emma Fattorini (dir.), Santi, culti, simboli nell'età della secolarizzazione, 1815-1915, Turin, 1997, p. 331-360. Voir aussi EAD., « Culti e santi sabaudi fra primo e secondo ottocento », Cheiron. Materiali e strumenti di aggiornamento storiografico, 13 (1996), p. 267-296. 3 Jacques CHIFFOLEAU, « Amédée VIII ou la Majesté impossible ? » dans Bernard Andenmatten et Agostino Paravicini Bagliani (dir.), Amédée VIII-Felix V. Actes du colloque de Ripaille-Lausanne (23-26 octobre 1990), Lausanne, 1992 (Bibliothèque historique vaudoise, 103), p. 19-49. 4 Bruno GALLAND, Les papes d’Avignon et la maison de Savoie (1309-1409), Rome, 1998 (Collection de l’École française de Rome, 247), p. 129.