INT J TUBERC LUNG DIS 7(3) : 223-231
© 2003 IUATLD
ARTICLE DE SYNTHESE
La pollution atmosphérique un nouveau risque
respiratoire pour les villes du sud
C. Nejjari,* L. Filleul,
†‡
N. Zidouni,
§
Y. Laid,
§
M. Atek,
§
A. El Meziane,
¶
J. F. Tessier
†
*Département d’Epidémiologie et de Santé Publique Faculté de Médecine de Fes, Fes, Morocco;
†
Laboratoire
Santé Travail Environnement, Université de Bordeaux 2, Bordeaux,
‡
Institut de Veille Sanitaire, St Maurice,
France;
§
Institut National de Santé Publique (INSP), Alger, Algérie;
¶
Service des Maladies Respiratoires CHU Ibn
Rochd, Casablanca, Morocco
_______________________________________________________________________________________RESUME
Depuis les grands accidents survenus dans les années soixante, la pollution atmosphérique est habituellement
considérée comme un facteur de risque respiratoire dont les effets sont le plus souvent étudiés dans les pays in-
dustrialisés. Notre objectif est de montrer que désormais les pays du sud doivent eux-aussi prendre en compte ce
facteur de risque. Après un rappel des caractéristiques de la pollution atmosphérique, de leurs conditions de
diffusion, ainsi que de leurs principaux effets connus à ce jour sur la santé, (effets à court et à long terme), nous
abordons les situations spécifiques qui différencient les villes du nord et du sud. Du fait de leur industrialisation
tardive, les villes du sud doivent affronter aujourd’hui une pollution due aux sources industrielles et au trafic
urbain avec des véhicules polluants. Le cas de l’Algérie et le Maroc, illustre cette situation et ses risques poten-
tiels sur la santé. Prévenir les risques respiratoires de la pollution dans les grandes agglomérations du sud impli-
que la mise en place rapide dans celles-ci de mesures systématiques des niveaux de polluants et d’une surveil-
lance épidémiologique. Cette stratégie n’a de chance de réussir que si elle est soutenue par un partenariat fort
des pays du nord.
MOTS CLE : pollution atmosphérique ; pays en développement ; santé respiratoire
AUJOURD'HUI il existe une sensibilisation mon-
diale de l'opinion à la pollution atmosphérique, dont
les récentes conférences de La Haye et de Rio se
sont faites l'expression.
*
Nul n'ignore aujourd'hui ses
répercussions possibles sur les équilibres écologi-
ques de la planète, mais beaucoup minimisent en-
core les conséquences de la détérioration de la quali-
té de l'air sur la santé respiratoire des populations
vivant aujourd'hui dans les grandes mégapoles.
Avant même la seconde guerre mondiale, une
succession de grands accidents ont attiré l'attention
des chercheurs dans les pays industrialisés. La
relation constatée entre l'élévation brutale des ni-
veaux de certains polluants atmosphériques et la
recrudescence d'événements de santé aux consé-
quences, dans un certain nombre de cas, mortelles,
conduisirent très tôt à s'interroger sur le retentis-
sement respiratoire d'une exposition prolongée aux
composants physico-chimiques à l'origine de ces
accidents, et ce, simplement aux doses communé-
ment observées alors dans l'atmosphère urbaine des
grandes agglomérations industrielles.
1
Auteur pour correspondance : Docteur Jean-François Tessier, Laboratoire Santé Travail Environnement, Institut de Santé Publi-
que, d’Epidémiologie et de Développement, Université de Bordeaux 2, 146 rue Léo-Saignat, 33076 Bordeaux Cedex, France. Tèl:
(+33) 5 57 57 16 82. Fax: (+33) 5 57 57 16 98. e-mail: jean-francois.tessier@bordeaux.inserm.fr
[Traduction de l'article "Air pollution: a new respiratory risk for cities in low-income countries" Int J Tuberc Lung Dis 2003;
*
La Déclaration de Rio peut être téléchargée du site: http://www.
unep.org/documents/default.asp?documentid=78&articleid=1163
Les premières études épidémiologiques entrepri-
ses à partir des années 1970 confirmèrent cette hy-
pothèse et montrèrent une relation entre la pollution
acido-particulaire d'origine industrielle et/ou domes-
tique et la prévalence des symptômes et affections
respiratoires chroniques,
2,3
avec prédominance d'une
atteinte des voies respiratoires hautes chez les en-
fants, et de l'appareil broncho-pul-monaire chez les
adultes.
4,5
Il faut noter qu'à cette époque, dans les
pays industrialisés, les niveaux de pollution étaient
beaucoup plus élevés qu'aujourd'hui, avec d'impor-
tants contrastes entre les grandes agglomérations
urbaines et les autres zones géographiques.
6
Ces
premières observations eurent pour conséquence
d'inciter très tôt la plupart des pays industrialisés à
imposer des mesures réglementaires prescrivant la
surveillance métrologique des polluants responsa-
bles et visant à réduire les émissions polluantes.
Dans les pays du sud, la situation a été tout autre.
Pour ces pays, dont la majorité avaient acquis leur
indépendance dans la seconde moitié du XXe siècle,
l'industrialisation a constitué une priorité pour les
responsables politiques qui l'ont considérée, comme
un levier majeur du décollage économique de leurs
pays. Ce choix potentiellement créateur d'emplois a
7(3): 223-231.]