Nous remercions les organisateurs de nous avoir accordé le privilège d’ouvrir cette journée ; il s’agit en effet d’un privilège, étant donné que nous ne sommes pas des spécialistes de Foucault, et que, par conséquent, nous n’avons pas la prétention de vous présenter de thèses définitives sur un sujet aussi compliqué que le statut de la littérature dans la pensée foucaldienne. Notre intervention prendra plutôt la forme d’une interrogation, comme notre titre l’annonce d’ailleurs; nous espérons, bien sûr, qu’une telle interrogation ne soit pas stérile, mais qu’elle puisse offrir, au contraire, un point de départ pour la réflexion d’aujourd’hui. Nous aimerions commencer justement par deux questions. Tout d’abord : quelle lecture peut-on proposer, en tant que critiques littéraires, du rôle joué par la littérature dans la pensée de Foucault ? Et en deuxième lieu : dans quelle mesure, et de quelle manière, cette pensée a-t-elle influencé la critique littéraire et même la littérature de nos jours ? De toute évidence, ces questions ne sont ni immédiates, ni banales ; c’est pourquoi, afin de parvenir à quelques résultats, il convient de les préciser dès le début. Ce qui nous concerne de plus près, ce sont les idées du « premier » Foucault, l’archéologue des savoirs et, en particulier, l’auteur de Les mots et les choses. C’est donc à cette œuvre, où la littérature joue un rôle majeur, différent que dans les travaux ultérieurs, que notre intervention sera principalement dédiée. Néanmoins, nous aborderons également dans notre conclusion des problèmes concernant les écrits des années Soixante-Dix, à savoir La vie des hommes infâmes, qui nous permettra de formuler quelques hypothèses sur l’héritage foucaldien dans la critique littéraire et la littérature contemporaines. Mais revenons à la première question, c’est-à-dire dans quelle perspective un critique littéraire peut observer les rapports de Foucault avec la littérature. À ce propos, nous aimerions citer un paragraphe très célèbre de Les mots et les choses, c’est-à-dire le premier du troisième chapitre, intitulé Don Quichotte. Cette partie du livre, qui concerne justement mon champ d’étude, à savoir la littérature du XVII e siècle, n’est pas facile à interpréter. Le problème ne touche pas à la structure de l’argumentation ; au contraire, le rôle joué par Don