Paru le 23 mai 2014, dans le quotidien belge « La Libre Belgique », Débats, pp.54-55 Comment répondre aux nationalismes en Europe ? par Jean De Munck, CriDIS, UCL Les nationalismes montent en Europe. Ils polarisent désormais des forces de droite et de gauche. Face à ce défi, la ƌĠpoŶse des paƌtisaŶs de l’UŶioŶ européenne reste timide et, pour tout dire, peu convaincante. Il ne suffit plus de répéter, en se frappant la poitrine avec les grands airs du croyant siŶĐğƌe, Ƌue ŵalgƌĠ ses pĠĐhĠs, l’Euƌope ĐoŶstitue Ŷotƌe foi et notre salut ; ou que le nationalisme Ŷ’est Ƌu’un démon cornu tout droit sorti de la géhenne des années 1930. Il est temps de prendre les nationalismes au sérieux. Le noyau raisonnable du nationalisme IŶdĠpeŶdaŵŵeŶt des ŵultiples ŵotifs iƌƌatioŶŶels Ƌui s’agƌğgeŶt daŶs la pƌatiƋue des paƌtis nationalistes (racisme, esprit de clocher, égoïsme), deux bonnes raisons edžpliƋueŶt l’attƌaĐtivitĠ de l’idĠe de ŶatioŶ. La première raison est l’iŶƋuiĠtude Đultuƌelle des EuƌopĠeŶs. La culture linguistique, scolaire, historique est directement agressée par une globalisation qui mélange tous les codes dans le plus grand des désordres. BeauĐoup d’EuƌopĠeŶs se deŵaŶdeŶt si demain, il sera encore possible de créer librement de la culture, de préserver une identité, de vivre des valeurs partagées dans un monde qui se profile comme un immense marché sans rime ni raison. La perte de sens est un facteur-clef de la montée des nationalismes. En second lieu, le nationalisme cherche à construire une souveraineté politique sur une forte solidarité en créant un sentiment d’appaƌteŶaŶĐe ĐolleĐtive. UŶe ŶatioŶ, Đ’est Đe gƌaŶd eŶseŵďle à moitié fictif et à moitié réel dont le destin à long terme justifie, ici et maintenant, les sacrifices de chacun de ses membres. Il est vrai que si, à son échelle, l’UŶioŶ euƌopĠeŶŶe ne parvenait pas à créer une solidarité de ce type, elle ne pourrait jamais prétendre constituer une communauté politique. On ne peut se contenter de traiter de « populiste » ou de « passéiste » le nationaliste raisonnable qui s’iŶƋuiğte pouƌ les plus hautes valeuƌs de sa collectivité (les valeurs culturelles) et constate l’iŶĐapaĐitĠ aĐtuelle de l’UŶioŶ à façonner une solidarité sociale. A ces légitimes questions, le projet de marché unique ne peut pas ƌĠpoŶdƌe, puisƋu’il ravage les cultures et déchaîne les compétitions. De son côté, même renforcé dans son rôle, le Parlement européen continuera à ne refléter que des intérêts antagonistes si des effoƌts d’uŶifiĐatioŶ de la soĐiĠtĠ Đivile Ŷe soŶt pas aĐĐoŵplis. Il faut désormais à l’Euƌope d’autƌes peƌspeĐtives pour surmonter les doutes nationalistes. Une politique culturelle européenne