1 - « Territorialisation et déterritorialisation en situation de métissage humain et linguistique. Cas des Arabisés d’Aït Rouadi de la Province de Béni-Mellal » Dans Culture orale et variation linguistique au Maroc. Publications du Laboratoire Langage et Société, Université Ibn Tofaïl. Editions OKAD, pp. 107-126, 2009e Saïd Bennis Centre d’Etudes et de Recherches en Sciences Sociales – CERSS Faculté des Lettres et des Sciences Humaines- Université Mohammed V-Agdal BP 1014, Rabat, Maroc Territorialisation et déterritorialisation en situation de métissage humain et linguistique. Cas des Arabisés d’Aït Rouadi de la Province de Béni-Mellal Il est utile d’opposer deux ordres de phénomènes : la légitimité linguistique, qui serait la représentation du sujet de sa situation face à un parler (stabilité dans le temps, abstraction à partir d’une multitude de situations particulières), et l’insécurité, sentiment éventuellement passager, réversible, manipulable, ressenti en discours, dans une situation précise. Le rapport du sujet à la norme linguistique détermine sa sécurité (quand il la maîtrise ou l’ignore) ou son insécurité linguistique (quand il a conscience d’un écart entre la norme et ses propres réalisations). La territorialisation et la déterritorialisation (Tsekos 1996, Bulot 1999, Bulot, 2001 : 7) sont corollaires de ces deux sentiments linguistiques : le sentiment de sécurité linguistique et le sentiment d’insécurité linguistique (Bavoux 1996, Moreau1996, Francard 1997). L’attestation de l’insécurité linguistique sera abordée à partir du concept de socialisation langagière (Lahire 1998, Libiansky 1998) en tant qu’ensemble de dispositions permettant aux sujets de dépasser leur insécurité linguistique. La négation de l’insécurité linguistique (et par contre se sentir en sécurité linguistique) sera prise en compte au moyen d’un ensemble de discours ruralisés prônant un prestige latent du topolecte, une suprématie du territoire rural sur le territoire urbain et par conséquent l’adoption d’une contre norme en territoire urbain. Pour interpréter la dualité sécurité linguistique / insécurité linguistique ressentie par les Arabisés, sujets de mon investigation, je procéderai d'abord à la présentation des préliminaires empiriques et méthodologiques pour ensuite aborder l’analyse et l'interprétation des énoncés relevés dans les discours épilinguistiques à partir de la dichotomie territorialisation / déterritorialisation. I. 2. Préliminaires empiriques et méthodologiques La population parent, objet de mon investigation (Bennis, 2006a), se constitue de la population de la province de Béni-Mellal. Cette population est estimée à 483 240 habitants d’après le recensement de 1994 et tout particulièrement le Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 1994. Population Rurale par Fractions et Douars. C’est une province à prédominance rurale, avec un taux d’urbanisation de 33,9 °/° contre 51 °/° de la population du pays. Elle est délimitée au Nord par la province de Khouribga, au Nord-Ouest par la province de Settat, à l’Ouest par la province de Kelaâ des Sraghna, au Nord-Est par la