1 Au-delà de la violence institutionnelle et insurrectionnelle : Balibar, Arendt et l’agon Zeynep Gambetti Université de Bogazici Dept. de Sciences politiques et relations internationales Colloque International « Violence Politique, Exil/Desexil dans le Monde d'Aujourd'hui » Organisé par le Collège International de Philosophie Istanbul 7-10 Mai 2014 Dans son texte sur Hannah Arendt, qui figure aussi dans la Proposition de l’Egaliberté, Etienne Balibar se réfère à l’idée arendtienne de la citoyenneté pour montrer que la démocratie se construit nécessairement au travers d’une aporie. 1 D’une part, la démocratie évoque l’idéal isonomique de l’égalité pour fonder la communauté ; d’autre part, elle inscrit la différence dans l’éventualité d’une contestation permanente des principes unificateurs, allant des diverses manifestations de la pluralité jusqu'à la désobéissance civile et l’insurrection. Cette aporie distingue la démocratie des ordres politiques caractérisés par la notion de « régime ». L’instable stabilité d’une démocratie l’installe du côté de l’agir, plutôt que du côté de la structure. Ainsi, le « peuple » devient le mouvement dialectique du manque et du devenir, car les statuts d’« humain », de « citoyen », d’« étranger » et « sujet de droits » ne cesse d’être négociés par les luttes populaires et par le flux des corps. Je voudrais intervenir là où la transformation de la violence en civilité affaiblit, si j’ose dire, la radicalité de la réflexion d’E. Balibar. A partir de deux textes peu étudiés d’Hannah Arendt sur ce qu’elle appelle la « grande tradition » de pensée politique, je réfléchis sur la possibilité de enrôler la notion d’agon du côté de la recherche d’un mode d’agir anti-violent. 2 Je m’appuie sur Arendt pour conceptualiser 1 Etienne Balibar, « (De)Constructing the Human and Human Institution: A Reflection on the Coherence of Hannah Arendt’s Practical Philosophy », Social Research, Vol. 74 (3), 2007, p. 727-738. 2 Ce sont des textes publiés de façon posthume, dans le même journal que le texte de Baliber cité ci- dessus : Hannah Arendt, « The Great Tradition I. Law and Power », Social Research, Vol. 74 (3), 2007,