Transmission et circulation des savoirs sur les médicaments dans la relation médecin-malade Sylvie Fainzang Inserm (Cermes) sylvie.fainzang@wanadoo.fr paru dans : Le médicament au coeur de la socialité contemporaine. Regards croisés sur un objet complexe, J. Collin, M. Otero & L. Monnais eds., Presses de l’université du Québec, 2006 : 267-279. La présence des deux termes (« transmission » et « circulation ») dans le titre de ce chapitre n’est pas fortuite. Elle tient à la différence qu’il convient de faire entre ces deux notions, tout particulièrement en raison des effets attendus de la première et inattendus de la seconde, dans le contexte de la relation médecin/malade. Au regard du savoir, la relation entre médecin et malade est inégale et asymétrique ; l’un sait, l’autre non. Le médecin détient un savoir, concernant notamment la nature des médicaments et les modalités de leur utilisation, savoir qu’il transmet en partie aux malades en vue de leur faire adopter les bonnes conduites en matière d’usage médicamenteux. Mais le savoir ainsi transmis rencontre et parfois se heurte à un autre savoir, celui des malades. L’usage qui est fait ici du mot savoir ne préjuge bien évidemment pas de son bien-fondé ou non. Il part du postulat que le savoir est une forme de connaissance en partie acquise par le raisonnement et l’expérience, et en partie résultant de représentations, individuelles ou collectives, liées à un contexte social donné. Un savoir d’autant plus important à prendre en compte qu’il est apte à fonder un certain nombre de pratiques sociales. Or, ce savoir est en partie échangé ; il circule et une part de ce savoir retourne au médecin. Si cette forme de savoir, notamment sur les médicaments, peut être remise en cause par la suite ou bien par l’autre protagoniste de la relation médicale, ceci est vrai tant pour le savoir des profanes que pour celui des professionnels de la santé 1 . 1. Médicaments, cultures et société On a montré dans une précédente recherche (Fainzang, 2001) que les conduites des malades à l’égard des médicaments étaient sous-tendues par la référence à des valeurs qui circulent à l’intérieur des groupes culturels auxquels ils se rattachent, et que le savoir qu’ils ont sur les médicaments est construit par des logiques culturelles et symboliques qui lui donnent forme. Cette étude avait entre autres pour objectif de comprendre les logiques qui organisent les comportements des patients dans le domaine de la consommation médicamenteuse, autrement dit d’une part, de repérer les constantes dans les pratiques de consommation, et plus généralement dans les usages qui sont faits des médicaments (leur usage ne se réduisant pas nécessairement à leur consommation), et d’autre part, d’identifier les mécanismes qui sous- tendent la diversité culturelle des conduites étudiées. En examinant le rapport aux médicaments, aux 1 Il convient de préciser que, bien qu’il s’agisse ici essentiellement des malades, le savoir des médecins dépend également d’une information et que cette information est parfois biaisée, notamment lorsqu’elle est transmise par l’industrie pharmaceutique qui maximise parfois l’efficacité d’un médicament et en minimise les effets indésirables. Ce savoir doit bien sûr faire aussi l’objet d’une interrogation. (Revue Prescrire, 1999 ; 2005 ; Collier & Iheanacho, 2002 ; Lejeune, 2002). halshs-00155954, version 1 - 19 Jun 2007 Manuscrit auteur, publié dans "Le médicament au coeur de la socialité contemporaine. Regards croisés sur un objet complexe, J. Collin, M. Otero & L. Monnais eds. (Ed.) (2006) 267-279."