Petit panaché de qualifiants sur lit de syntaxe nominale, coulis de comparatisme et arôme de diachronie Pascaline Merten INTRODUCTION Que préférez-vous manger : un bavarois aux fraises, un bavarois de fraises, une bavaroise aux fraises ou des fraises en bavarois ? Dans tous les cas, vous aurez sur votre assiette une composition de crème anglaise, de gélatine, de fraises et de biscuits à la cuiller, mais l’un ou l’autre intitulé attisera plus ou moins votre gourmandise. Des ingrédients à l’intitulé du mets, il y a tout un chemin linguistique que nous allons tenter de parcourir. Ces intitulés de recettes de cuisine et plus encore les menus de restaurants offrent de nombreux exemples de qualification multiple : aiguillette de dinde sur feuille de choux et marrons ; frisée au maquereau, vinaigrette aux groseilles ; la roulade de chicons dans son jambon breughelien Ce corpus est donc intéressant pour qui veut étudier la qualification multiple, qui n’est en général pas très fréquente en français, et qui se répartit habituellement en antéposition et postposition (l’ancien secrétaire perpétuel de l’Académie). On a donc ici un espace idéal pour observer, décrire et théoriser les règles qui président à l’ordre relatif des qualifiants. Après avoir précisé notre vocabulaire et situé le cadre théorique de cette étude, nous commencerons par décrire les caractéristiques syntaxiques de ces syntagmes : - La quantification (grosse sole ostendaise/la grosse sole ostendaise/un demi- homard à la nage) ; - La qualification : longueur des syntagmes ; nature des qualifiants (direct/indirect ; adjectif/nom/complément du nom/proposition relative…) : agneau paillote/agneau en paillote/petite salade tiède ; - La rection (comminée de poularde/poularde au cumin ; émincé de Saint Jacques/Saint Jacques en lamelles) - La structuration en groupes nominaux (huîtres creuses de Zélande/huîtres de Zélande creuses), les effets de sens mais aussi les ambiguïtés qui en découlent – dans le panaché d’huîtres chaudes au champagne, qu’est-ce qui est au champagne : le panaché ou les huîtres ? On aura au passage fait un détour comparatiste qui montrera l’intérêt d’une approche fonctionnelle ainsi que les limites des théories de l’ordre des mots « en miroir » chères aux tenants de la grammaire générale. On aura également souligné les différences par rapport à des textes plus anciens ainsi que les évolutions récentes, pour observer les constantes et les évolutions, qui sans doute traduisent dans la langue des évolutions culinaires et sociologiques.