Poésie hébraïque et poésie occitane : ra sixième Mahberet ou Fièce de prose rimée d'lmmanuel de Rome (12f.1-132g1 Arie Scxrppens Université d'Amsterdam Dans deux cantosde sa Divina Commedia, purgatoire XI et XXVI, Dante Alighieri (1265-1321), le célèbre poete du dolcei.til novo,parle des rivalités dansI'art, illustrant cetteidée par des exemples de tu poéri. occitane et ita- lienne: Guiraut de Borneil, Arnaut Daniel, Guido Guinizeili, Guido cavalcanti r, mais aussi des arts figuratifs : Giotto (morten 1337) u ..rpiu.é Cimabue ( t240- 1305) commepeintre favori,tandis que Franco a vaincu oderisi (1250- l2gg) dansles arts de I'enluminure. Dans ion livre De VulgariEloquentia, Dante a confronté les trois vernaculaires littéraires de I'ltalie --l'occita;, le frangais et I'italien dans un contrasto juridique. L'occitan fut la première lansue poétique, mais il fut vaincu en ltalieparl'école poétique italienne o. óunt.f .""" Un poète italien contemporain de Dante, Immanuel de Rorn e (1261-132g), poète italien ainsi que poète hébreudans la tradition hébrarque, tradition originaire de I'Espagne musulmane, a transposé ces rivalités poétiques romanes dans le dornaine de la poésie hébrarque. Il décrit un débaientre les poeres hébreux de I'Espagne, ceux de ra provence et ceux de Rome. Immanuelde Rome était donc fortement influencépar ces idées sur I'interaction des langues et littératures romanes en les transférant dans le domaine sémitique. Dante Alighieri, dans saDivine Comédie ainsi quedans son De Vulgari Eloquentia, examine les différences entreles écoles poétiques, leurs contrastes stylistiques et leurs lieuxd'origine. De nouvelles langues poétiques entrent en vogue en ltalie: I'italien de l'écolesicilienne et, plus tard,de l'écolede Toscane représenta selonlui une amélioration après I'usage de I'occitan en poésie et le frangais en prose. Il y a donc une rivalitéimaginaire entre les littératures romanes qui se manifestaient en ltalie. Dans sonDe Vulgari Eloquential,X, Dante peintla relation entre les trois littératures vernaculaires qui jouent un róle en ltalie: la langue d.oïl (frangais), la langue d'oc (occitan) et la langue de si (italien). l' Dansle Purgatorio XXVI :91 sq. est presente I'esprit de Guido Guinizelli qui parledu poete occitan ArnautDaniel (1180-1200),undesautresesprittpr..énts. Il etaitntigtiorfabbrodellalinguamaprna(le meilleur Íbrgeron du parlerntaternel). Il seraitsuperieur u"pàit.buiráut de Borneil (ll3g-1215) du Lirrousin' que la plupart sentblaient preferer, mais sans rotio.r.n,. Dans le passage du purgarorio XXVI : 124 sq'' l'esprit de Guinizelli parle aussi de ru tituutron en Toscaneet nrËntronne le poere surestinté Guittone d'Arezzo(1230-1294) o.1,._11,j... p"*"g., óante raconre sa rencontre avec r.esprir du celebre poete occitanArnaut Daniel.qui lui recitequeiquesïerzines en langue occitane en deplorant sa Íblie deJeunesse et disparait dansle feu' Dans ".,t^nusus.r, on voit ra rivaliÈ entredesecores poetiques et plusieurs poetes sonr mentionnes. V. Arighieri lg-6s, rísz. )óol.zool. 2' Sa propre ecole du dolce strl novo contr,aste aussi avec 'ecore sicirienne. ou re styre de Guittorc ïrtáï"" 1230-t2e4). et tesryle nouveau de Guido cuinii.ili iiïzi_iïài "rèrij" àlávalcanti ( l25e_ , Dans un autre passage (1, VIII), Dante évoque les Hispani, Franci et Latini' r troubadours espagno-Ír, qui composaient des poèmesen occitan. les écrivains ffiË-{ui-e.,i'"1-11 g:: ::ll::.::i':::: iï:iï:,.uo'ou"s' etles poetes ï;;;;;rï commengaienr tout juste une tittérature poétique. Examinons oe plus près la situation teile que Dante la decrit (crespo 1994). il ;;; ;"e l'éloquence italienne-est superieure à celle des deux autresverna- culaires et presente un débat fictif dans lequel les trois langues doivent plaider rarrr csUS€. La langue d'oïl se croit supérieure aux deux autres langues' Quelques :ï;;;'frangaii sont mentionnées, comme L" Histoire ancienne.iusqu'a César Y."ri'Jí)i-aus Romains. Ensuite sont mentionnes les Rornansclu roi Arthttr. Peut- til rve ' -- - If. r;"gir-il ici de Lancelot et La mort le roí Arru. En effet.dans I'ltalie du ï,f ,iJá., beaucoup d'auteurs de. prose didactique seservaient du franqais' ^"gru;.rio Latini itzzo-lzg4).le maitrede Dante, est le plus célèbre de ces italiens d,expression frangaise. Il y a d'ailleurs une grande influence des cuvres historiques frangaises surdes vulgarisations en italien. "''-Luionguu d'oc avait le róle principal dans la poésie, tant au sens chronolo- gique que parsa.perfection et sadouceur. Le premier poème occitan en ltaliefut E iit purPier de la Cavarana, qui écrivit. probablement au printernps de I 194, un siryentes en occitan pour exhorter les ltaliens à prendre les armes contre i;.rp.r.ur allemand. Fait remarquable : il n'utilisait pas t'italien, mais I'occitan. Àpt6'r lui, de nombreux poètes italiens se servirent de I'occitan dans leur poésie, ,or*. Rambertino Buvalelli (mort en 1221), Lanfranco Cigala (mort en 1257 ou 1258) et Bonifacio Calvo(fl. 1250- 1266), Bartolorneo Zorzi (fl. 1260- 1290), et Sordello da Goito(rnort en 1269 et mentionné par Dante dans Purgatorio Yl). Il y avait aussi beaucoup de troubadours provengaux qui venaient en ltalie, comÍ1e Peire Vidal, Raimbaut de Vaqueiras et Airneric de Peguilhan. Au xlte siècle, la philologie de la poésie provengale fleurit en ltalie. avec deschan- sonniers, vidas et razos (biographies et commentaires). Pour ce qui est de la troisieme langue romane, I'italien, la prerniere poesie dans cette langue fut écrite en Sicile, à la courde Frédéric Il (1194-1250), dans les années trente du XIII'siècle. Son grand père. Roger II (1095-l154), avait été un mécène pourlespoètes arabes siciliens, lessuccesseurs de'Ali al-Ballan0bi (mort entOiA; et lbn Harndïs (1056-l133), comme al-Atràbanishi (de Trapani) etal-Buthayri (de Butera) (v. Schippers 2005: 66-69; Corrao 1987). Cependant, la poésie á'unrou italienne de I'ecole sicilienne au temps de Frédéric II est généralement considérée cofflme une imitation de la poésie des troubadours provengaux, bien que plus lirnitée en ce qui concerne les thèmes et motifs (v. Formisano 1998, Fratta 1996). Après la mort de Frédéric ll. cette poesie d'amour se poursuivit en Toscane et à Bologne. Dante voulait se distinguer de ses prédéc.jt.urt et de là résulte son opinion dansDe VulgariEloquentía au sujei de la poésie italienne du rJolce stil novo: pourlui. I'italien est superieur à l'óccitan parce que la nouvelle poésie est plus douce et plus subtile (dulcius subtilittsque). En d'autres mots,elle combine une douceur de rnelodie à une profondeur conceptuelle, comrne dans la poesie de Cinoda Pistoia (1270-1336) et Dante Alighieri lui-rnêrne t. C., deux poètes < tendent plus que d'autres au latin commun aux trois vernaculaires >. Dante jugeaitI'italiensupérieur parce 3. Crespo 1994presente une nouvelle intcrpretation dc ce passage.