Une méthode d'analyse de l'orchestration: rapport de recherche appliquée aux Variations op. 30 de Webern Didier Guigue (UFPB/CNPQ) didierguigue@gmail.com Résumé État des lieux de mon travail sur l'application de méthodes qui permettraient d'évaluer l'impact des stratégies d'orchestration sur la structure. Pour l'expérience, mon choix s'est porté sur les Variations op. 30 de Webern. La première étape de l'approche, exposée ici, prend sa source dans les informations consignées par le compositeur dans la partition. La méthode passe par la réalisation d'une pondération qualitative de toutes les configurations instrumentales, pour laquelle l'évaluation du taux d'indépendance des parties joue un rôle décisif. [Article accepté pour publication dans les Annales des Journées d’analyse musicale 2013 organisées par la SFAM – Société Française d’Analyse Musicale]. Présentation biographique Titulaire d'un doctorat en Musicologie du XXe siècle à l'EHESS réalisé sous la direction de Hugues Dufourt, Didier Guigue est professeur à l'Université Fédérale de Paraíba (João Pessoa, Brésil). Chercheur et Assesseur au CNPQ (Conseil Brésilien pour la Recherche scientifique), et associé à l'OMF (Paris-IV-Sorbonne), il dirige, entre autres, Mus 3 , un Groupe de recherches interdisciplinaires intégrant la musicologie systématique, les études dans le domaine de la phénoménologie du son, et l'informatique. Mus 3 possède depuis longue date une convention de développement avec l'IRCAM. 1. L'orchestration, un enjeu pour l'analyse A partir de la fin du XIXe siècle, les compositeurs commencent à adopter de plus en plus systématiquement des stratégies d'instrumentation et d'orchestration 1 qui tendent à impliquer activement ces deux dimensions dans la structuration de l’œuvre, et donc dans l'expression de la pensée musicale et sa conséquente perception 2 . Makis Solomos observe que Rimski-Korsakov, dans son Traité d'orchestration de 1891, insiste sur l'utilisation des instruments « par rapport aux catégories de l'écriture (mélodie, harmonie) » . Il cite, à titre d'exemple, un paragraphe où Rimski traite de « l'amplification […] des qualités sonores » , une technique au moyen de laquelle on met « en contraste la résonance de deux groupes différents (ou les timbres différents d'un seul groupe) […] pour transformer un timbre simple en un timbre complexe ». (SOLOMOS, 2013:31). Mon objectif est d'établir et d'évaluer, au moyen d'applications expérimentales, une ou plusieurs méthodes d'analyse qui, par hypothèse, permettraient d'évaluer l'impact de ces techniques sur la dynamique formelle. Même brièvement, Walter Piston, dans son ouvrage sur l'orchestration publié en 1955 et devenu depuis un standard, souligne la pertinence d'une telle entreprise : 1 La littérature n'offre pas de consensus sur la frontière qui sépare ces deux activités, mais l'on peut se satisfaire de la notion selon laquelle l'orchestration concernerait l'assemblage des timbres des divers instruments et l'instrumentation serait l'étude du fonctionnement et des possibilités de chaque instrument (MARESZ, 2006). 2 Des pionniers les auront précédé, entre lesquels on se doit de citer au moins Rameau, Haydn, Beethoven, Berlioz et Wagner (GOUBAULT, 2009; DOLAN, 2013; SOLOMOS, 2013).