Page 42 [ deuxième partie ] La présence de la nature suit souvent à embellir les ilms lorsque ses paysages et ses curiosités participent à la beauté du spectacle. Mais indépendamment de ses qualités visuelles, elle est également utilisée par le cinéma pour servir le récit et la narration. Pragmatiques ou philosophiques, ses diférents usages en disent long sur la place qu’elle occupe dans la culture moderne, indépendamment des problématiques écologiques 1 . Petit parcours cinématographique. LES FONCTIONS NARRATIVES DE LA NATURE AU CINÉMA LA NATURE DÉTOURNÉE Les charmes de la nature au service de l’expression cinématographique À l’image des motifs floraux des tissus ou des papiers peints de nos intérieurs, de nombreux inserts natu- ralistes jalonnent les films : des fleurs en gros plans, l’envol d’un oiseau, une rivière qui ruisselle, un soleil couchant, une jolie vallée… Petits moments de plaisir pour les cadreurs et les photographes, ces plans, souvent gratuits, n’ont de sens que pour satisfaire le regard ou la soif d’exotisme du public. C’est pourquoi, grand touriste, James Bond se sera baladé dans des décors époustouflants, des Météores grecs à la banquise du Pôle nord, sans que ces lieux n’aient d’utilité sinon situer géographiquement l’action. Ils confèrent surtout une ambiance visuelle qui fonde parfois l’impression que le film laisse aux specta- teurs 2 . Qu’auraient été Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962) ou Indochine (Régis Wargnier, 1992) sans les longs plans larges qui réfléchissaient la su- perbe des paysages ? Cette contribution de la nature ne se limite pas à ses motifs et à ses textures. Pour embellir l’image, les réalisateurs s’adjoignent régulièrement les services de l’environnement : la lumière si particulière du soleil couchant, la brume du fond des vallées… L’esthétique climatique est pareillement exploitée lorsqu’elle concourt à affûter ou à symboliser la ten- sion dramatique. Le cinéma a compris depuis long- temps l’apport érotique d’une pluie battante sur un couple qui, loin de s’en incommoder, s’embrasse 1. Les films parcourus dans cet article ne tiennent pas compte des fictions qui problématisent explicitement le rapport entre l‘homme et son environnement. 2. Au point parfois que le film justifie le tourisme d’un lieu et même son nom. Ainsi, suite à L’Homme au pistolet d’or (Guy Hamilton, 1974) qui y déroule une partie de son action, une île thaïlandaise est désormais baptisée l’île « James Bond ». L’affiche du film The Notebook (N’oublie jamais) de Nick Cassavetes sorti en 2004 a su tirer le meilleur de la pluie pour illustrer la fougue de sa romance Daniel Bonvoisin