N° 60 - septembre 2012 35 dossier La direction pédagogique des chefs d’établissement, un défi à relever Le cas du Chili 1 José Weinstein Gonzalo Muñoz Javiera Marfán 2 La question de la « fonction de direction » s’est retrouvée au centre des débats sur l’éducation au Chili ces cinq dernières années. Alors que des décennies durant, les chefs d’établissement avaient été les gestionnaires, au sein de l’école, des politiques et des décisions prises à d’autres échelons (fondamentalement, au minis- tère de l’Éducation et aux échelons intermédiaires), on leur demande aujourd’hui d’assumer des fonctions de direction pédagogique et de mener des projets éducatifs au niveau local. Ce changement de rôle caractérise la situation des chefs d’établis- sement, qui doivent de plus en plus répondre des résultats obtenus par leurs établissements, même lorsqu’ils ne disposent pas de tous les moyens, de toutes les compétences ni de tous les outils nécessaires pour atteindre les objectifs qui leur sont assignés. Nous nous efforçons dans cet article de décrire le plus clairement possible cette situation de transition que connaît la fonction de direction d’établis- sement scolaire au Chili. Nous commençons par situer le contexte dans lequel interviennent les chefs d’établissement, puis nous proposons une définition norma- tive de la fonction de direction et des exigences réelles qui sont les siennes. Nous analysons ensuite les pratiques effectives des chefs d’établissement et nous évoquons, enfin, les grands défis que le système scolaire doit relever pour permettre la réussite de l’action entreprise par les chefs d’établissement. Bref aperçu du contexte éducatif Dans le système éducatif chilien décentralisé, le ministère de l’Éducation n’est pas propriétaire des établissements scolaires. Ceux-ci dépendent de soste- nedores 3 qui les gèrent directement, en s’appuyant sur les orientations générales 1. Article traduit de l’espagnol par Jérôme Quintana. 2. Cet article est le fruit d’un travail de recherche de trois ans (2008-2011) sur la fonction de direction et sur l’évaluation des résultats de l’apprentissage des élèves au Chili, sous l’impulsion du Centre d’études des politiques et des pratiques en éducation (www.ceppe.cl), projet CIE01-CONICYT. 3. Littéralement, « souteneurs ». Au Chili, chaque établissement privé subventionné ou public est géré non pas directement par le ministère de l’Éducation, mais par un « sostenedor » chargé de recevoir l’argent public et de l’administrer comme bon lui semble. Ce « sostenedor » peut être soit une entreprise ou une institution pour les éta- blissements privés subventionnés, soit l’intendant de la municipalité dans le cas des établissements publics. (NdT)