Bob W. White
Réflexions
sur un hymne continental
La musique africaine dans le monde
*
En dépit des appréhensions quant à son caractère imprévisible, la mondiali-
sation commence à sembler drôlement prévisible. D’un côté, on applaudit
la concrétisation du rêve néo-libéral de la déréglementation des marchés,
de la libre circulation des capitaux et de l’accès illimité à une main-d’œuvre
bon marché. De l’autre, on dénonce l’élargissement du fossé qui sépare les
riches et les pauvres, les changements climatiques imminents et les menaces
de disparition qui pèsent sur diverses espèces biologiques et culturelles.
Cette inquiétude, comme l’observe Arjun Appadurai (2000) dans un ouvrage
récent qui s’intitule tout simplement « Globalization », a servi les ambitions
des industries du savoir en Occident, notamment la recherche et l’édition
universitaires, sans pour autant les délivrer du mal du provincialisme. La
couverture du livre de Appadurai, argentée et élégante, semble célébrer notre
intérêt pour la mondialisation, mais, comme le montre l’ouvrage, il n’y a
pas lieu de se réjouir. Nous continuons de parler de la mondialisation en des
termes vagues et dualistes, comme une série de mauvaises choses arrivant à
des gens bien. Comment peut-on raconter l’histoire de la mondialisation
sans invoquer les formules fatiguées de l’angoisse ni se livrer à la négli-
gence de la célébration ? (Feld 2000). Quelle est la couleur de cette mondia-
lisation ? Quel son produit-elle ?
Une manière de répondre à ces questions est de les observer par le
prisme du phénomène mondial de la world music. La plupart des observa-
teurs s’accordent pour situer ses origines sur la scène de la musique alter-
native britannique et américaine des années 1980 (ibid.), mais ces discours
sur les origines du phénomène donnent l’impression, souvent fausse, que
* Je tiens à remercier Marie-Nathalie Leblanc qui m’a fait connaître le travail de
Yacouba Konaté et de Dorothea Schulz, et Bogumil Jewsiewicki pour son soutien
dans les premières étapes de la préparation de ce numéro. Je suis aussi reconnais-
sant à mes anciens étudiants et collègues de l’Université de Californie (Santa
Cruz) pour avoir stimulé ma réflexion sur ce sujet et sur d’autres sujets qui
s’y rattachent.
Cahiers d’Études africaines, 168, XLII-4, 2002, pp. 633-644.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Montréal - - 132.204.3.57 - 14/09/2014 02h47. © Éditions de l'EHESS
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