LE THÈME Le Jardin botanique en (bonne) voie de flamandisation Olivier PAYE Professeur aux Facultés universitaires Saint-Louis, chercheur au Centre de recherche en science politique (Crespo-FUSL) Musée du règne végétal et institut de recherche de pointe, le Jardin botanique national de Belgique est happé par les remous communautaires. Aujourd’hui, il fonctionne dans un cadre linguistique illégal. Il ne fait pas bon y être francophone. Le patrimoine du Jardin botanique se classe dans le « top 10 » mondial [1]. Les 18 000 espèces végétales du monde entier de l’institution constituent un extraordinaire musée vivant ouvert au public, servant aussi à la recherche et la conservation d’espèces rarissimes. L’herbier de 4 millions de spécimens représente un outil inestimable pour la recherche, avec la riche bibliothèque, les laboratoires de haute technologie et un fonds d’archives remarquable pour l’histoire des sciences. Le Jardin botanique figure ainsi parmi les dix établissements de ce type les plus importants au monde. Son origine remonte à 1796. Il demeura établi à Bruxelles jusqu’au creusement de la jonction ferroviaire Nord-Midi qui engendra son déménagement – achevé en 1973 – à Meise, en Brabant flamand. Au fil du temps, le Jardin botanique a cristallisé les avoirs et savoirs botaniques en Belgique. De ce fait, face aux restrictions budgétaires, les universités francophones ont souvent fait le choix de fermer de nombreux laboratoires de botanique, se reposant sur l’institution pour assumer la recherche fondamentale. Comme de nombreux botanistes belges francophones, elles lui ont donné et continuent de lui donner leurs herbiers, bibliothèques et plusieurs collections. Environnement et économie Ainsi, depuis deux siècles, le Jardin botanique concentre toutes les données botaniques du pays et réalise inventaires et atlas, outils de base d’un « suivi longitudinal » de la santé végétale du pays, permettant par exemple de suivre la progression de plantes invasives toxiques, enjeu de santé publique. La seule banque de graines du pays est au Jardin botanique, ses semences d’espèces rares et menacées belges, voire même disparues en milieu naturel comme le brome des Ardennes [2], représentent un capital indispensable à d’éventuels programmes de réintroduction ou de renforcement d’espèces menacées [3]. Aussi l’institution représente-t-elle une « boîte à outils » essentielle pour deux défis majeurs actuels : la perte de biodiversité et les réponses à apporter aux changements climatiques. Car bien des modifications sont à prévoir dès maintenant concernant les plantes économiques à cultiver : par exemple le remplacement d’arbres traditionnels par des espèces qui supportent des températures plus élevées. Le Jardin botanique représente donc aussi un