26 Géochronique n°130, 2014 Dossier Dossier En géoarchéologie, un port antique se définit et s’étu- die par son contenant et son contenu. Le contenant cor- respond aux structures portuaires : les môles et les quais. Le contenu est constitué d’un volume de sédiments accu- mulés au fond du bassin et d’un volume d’eau (lorsque le bassin est en fonction) (Goiran et Morhange, 2003). Dans la majorité des cas, le bassin s’envase progressi- vement et est abandonné. Dans le cas d’Alexandrie (fig. 2-2), on se rend compte qu’une partie de la façade portuaire antique est sous les eaux de la baie orientale actuelle, tandis que l’autre se situe sous la ville actuelle. Dans ce dernier, cas dit “intra-muros”, l’utilisation d’un carottier permet d’obtenir des stratigraphies complètes de qualité satisfaisante (Goiran et Morhange, 2003). Ces carottages ont permis la mise en évidence de trois unités stratigraphiques ou séquences : pré-portuaire, por- tuaire et post-portuaire. Si l’analyse des unités sédimen- taires elles-mêmes apporte des informations paléo-envi- ronnementales, l’étude des contacts et des transitions entre ces unités permet aussi de mieux comprendre cer- taines étapes clés dans l’évolution des paysages côtiers. Alexandrie, fondée au IV e siècle avant J.-C, se dote de deux bassins portuaires de part et d’autre de l’Heptastade, chaussée reliant l’île de Pharos à la ville. Un troisième bassin est signalé dans le port occidental sous le nom de Kibotos. Dans le port oriental d’Alexandrie (le Magnus Portus), la phase pré-portuaire correspond à une baie marine qui se remblaie de sédiments fins de couleur blanchâtre datés entre le XI e et le IX e siècle avant J.-C. Cet environnement calme mais ouvert vers la mer est caractérisé par une ostra- - au V e siècle avant J.-C., les lagunes existaient toujours et les ingénieurs de l’époque ont été amenés à combler ces zones marécageuses, appelées Halipedon, afin d’édifier les « Grands Murs ». Autrement dit l’assertion de Strabon est correcte. Le Pirée a bien été une île mais à une époque très reculée : du début du 5 e millénaire au milieu du 4 e millénaire avant J.-C., soit 3 500 ans, au moins, avant le passage de Strabon dans cette région. Deux hypothèses peuvent expliquer l’intuition de Strabon. La première relève de la tradition écrite, celle de ses prédécesseurs géographes, doublée d’une spéculation sur l’étymologie du mot « Pirée » : “πέραν τῆς ἀκτῆς signifie « au-delà de » et renvoie à l’image de la « terre d’en face », c’est-à-dire séparée du continent. La seconde se base sur une analyse géographique du paysage côtier lors du passage de Strabon à Athènes au tournant de notre ère : le rocher du Pirée émergeait autour d’une plai- ne littorale encore marécageuse et le géographe grec en a déduit que la mer devait être présente à cet endroit à une époque plus ancienne. On peut aussi proposer une synthèse entre les deux hypothèses, illustrant les deux facettes du savoir de Strabon : il était à la fois un bon des- cripteur des paysages et de leur évolution mais aussi un bon connaisseur des sources antiques et de la toponymie qu’il utilisait pour élaborer ses hypothèses (Thomas, 1989). J.-P. GOIRAN 1 , K. PAVLOPOULOS 2 , E. FOUACHE 2 , G. APOSTOLOPOULOS 3 , M. TRIANTAPHYLLOU 4 , R. ETIENNE 5 1 CNRS-UMR 5133 Archéorient, Maison de l'Orient et de la Méditerranée, 69007 Lyon, France 2 Univ. Paris Sorbonne Abou Dahbi, United Arab Emirates 3 National Technical University of Athens (NTUA), School of Mining and Metallurgical Engineering, Greece 4 Univ. of Athens, Faculty of Geology and Geoenvironment, Dept. of Historical Geology-Paleontology, Panepistimiopolis, 157 84 Athens, Greece 5 Univ. Paris 1-Panthéon Sorbonne, UMR ArScan, UFR d’Histoire de l’art et d’archéologie, 75005 Paris, France Géoarchéologie du port maritime d’Alexandrie, Égypte Fig. 2-2. – Carte de localisation.