43 42 vers la rivière Kalmakkyrgan, dans le district de Turgaj (c2), un quart esti- vait dans le district d’Atbasar (c3) et 12 % nomadisait jusqu’au district de Kustanaj (c4) (Hozâjstvo, 1980). Le mode de vie nomade était largement valorisé et représentait la norme sociétale. Mais ce choix n’était ni universellement répandu, ni définitif au cours des carrières individuelles. Les gens dont le cheptel avait été décimé par un žůt ( cf. p. xxx), de mauvaises conditions climatiques, pouvaient devenir temporairement, faute de bétail, de pauvres žataq sédentaires, puis, une fois leur fortune refaite, repartir nomadiser en tant que špelì « nomade ». La menace de žůt était d’ailleurs susceptible de provoquer de grandes migra- tions, comme le suggère le dicton : Qašqan žaudan kůtylady, köšken žůttan kůtylady « Celui qui fuit son ennemi sauve sa vie, celui qui nomadise échappe au žůt ». Naguère nomades, toujours pasteurs Aujourd’hui, un siècle plus tard, la mobilité de l’habitat a quasiment disparu et l’élevage a perdu sa part prépondérante dans l’économie du Kazakhstan. Nomades, les Kazakhs ne le sont objectivement plus 1 . Hommes et bêtes se sont séparés : là où la rotation des pâtures a été poursuivie, le bétail n’a plus été accompagné que par des bergers professionnels, tandis que la population rurale demeurait dans les villages, encore appelés « aouls », mais désormais immobiles. Seules perdurent, ici ou là, quelques formes de transhumance qui, tantôt ont cessé dans les années 1990 suite aux bouleversements de la privatisation (Vuillemenot, 2009), tantôt se sont maintenues grâce à la reconstitution du cheptel dans les années 2000. Les déplacements des trou- peaux jouent désormais sur l’altitude, plus que sur la latitude. Actuellement, la transhumance n’est envisageable que pour les propriétaires de troupeaux conséquents. La majorité de la population rurale kazakhe continue néan- moins de pratiquer l’élevage, entraînant une dégradation des pâtures aux abords des villages (Alimaev et alii, 2008). Au-delà d’une revendication, partielle et ambivalente, de l’héritage nomade achée par les autorités du pays, maints aspects de la culture kazakhe, maté- riels ou non, restent marqués par le mode de vie pastoral. LE PASTORALISME DE MONGOLIE Par Charlotte Marchina Proche du pastoralisme kazakh par ses origines et sa nature, le pastoralisme mongol a été moins frappé par la sédentarisation et demeure aujourd’hui largement nomade. En Mongolie, la mobilité répond aux nécessités d’un élevage extensif d’ovins, caprins, bovins, équidés et camélidés, alors que l’agriculture n’a qu’un rôle marginal. Les nomadisations s’eectuent sur des itinéraires relativement stables, entre des campements saisonniers disposés de façon à tirer le meilleur parti des ressources des diérentes zones biocli- matiques. L’ampleur et la forme des parcours dièrent selon les régions, en fonction des types d’environnement, des espèces élevées, de la taille des troupeaux, de l’orientation productiviste ou domestique de l’élevage et d’un éventuel accès aux zones urbaines. Des nomadismes de montagne, de steppe et de désert Avant la collectivisation des années 1950, on pouvait identifier plusieurs grands modèles de nomadisme correspondant à des aires géographiques diérenciées (Simukov, 1934). Dans les régions montagneuses de l’ouest du pays, le campement d’été était situé sur des alpages inaccessibles le reste de l’année, tandis que l’hiver était passé sur les piémonts, à moins d’une centaine de kilomètres. Dans l’environnement aride du désert de Gobi, les mouvements des pasteurs suivaient un axe nord-sud : les éleveurs et les troupeaux vivaient l’hiver dans le désert, où la végétation est réputée meilleure et où les températures sont alors plus clémentes, et l’été dans les steppes herbeuses, plus fraîches. Les distances parcourues variaient forte- ment d’une année sur l’autre, en fonction du volume des précipitations : d’une trentaine de kilomètres en temps normal à 200 km en cas de sèche- resse. Enfin, dans la région centrale du Khangaï, aux très riches pâturages d’altitude et au climat plus constant, les éleveurs se déplaçaient sur une amplitude d’une dizaine de kilomètres. Les éleveurs mongols possèdent classiquement quatre campements saison- niers. Le choix de leur emplacement, en particulier en hiver et en été, répond Campement d’été d’Otgonbat. En plus de yourtes, les éleveurs installent sur leur campement des structures légères (enclos à chèvres et moutons sur la gauche, installation pour faire sécher les fromages à droite). Lorsque le temps s’annonce clément, un poêle est placé à l’extérieur afin de préserver la fraîcheur à l’intérieur des yourtes. Mongolie, Arhangaj, district d’Ih Tamir, 2011. Ph. Ch. Marchina. Troupeau de moutons conduit par un cavalier. Aujourd’hui, dans les aouls, villages kazakhs, les petits propriétaires regroupent parfois leur bétail afin de former un troupeau commun, gardé à tour de rôle. Kazakhstan méridional, avril 2008. Ph. C. Ferret. 1. La situation est différente pour les Kazakhs de Chine et de Mongolie, mais le constat va aussi dans le sens d’une réduction du nomadisme pastoral, avec la sédentarisation croissante des Kazakhs du Xinjiang et de Mongolie. Pour ces derniers, l’émigration massive vers le Kazakhstan, en dépit de son caractère parfois temporaire ou réversible, conduit à une réorientation des activités vers le négoce transfrontalier (Lacaze, 2010b). NOMADISMES D’ASIE CENTRALE ET SEPTENTRIONALE Milieux et mobilité