1 Algarotti Vulgarisateur Philippe Hamou C’est à Cirey, où il fut accueilli en 1735 par Voltaire et Émilie du Chatelet, que Francesco Algarotti écrivit l’essentiel de son Newtonianisme pour les Dames, ou Dialogues sur la lumière, les couleurs et l’Attraction. L’ouvrage connut une grande popularité et plusieurs traductions en Europe avant de sombrer dans l’oubli. Il offre une illustration caractéristique d’un genre alors en pleine floraison : celui de la philosophie mondaine et du dialogue scientifique à la façon des Entretiens sur la Pluralité des Mondes de Fontenelle. Le Newtonianisme pour les Dames est un titre qui aujourd’hui fait sourire. C’est un constat que j'ai pu faire les quelques fois, assez rares, où j’eus l’occasion d’entendre mentionner l’ouvrage d’Algarotti. Ce sourire souvent condescendant me paraît assez symptomatique des attentes que nous pouvons avoir aujourd’hui à l’égard d’un discours sur la science : la sobriété du style, le respect d’un certain universalisme, à rebours du particularisme social et intellectuel qui paraît caractériser un discours mondain s’annonçant naïvement à l’usage des “dames”... Cette compréhension de ce qui convient à la vraie science et de ce qui ne lui convient pas en fait de “vulgarisation” n’est pas quelque chose qui serait spontané et atemporel. Elle dépend au contraire d’une histoire : histoire de la science, mais surtout histoire des représentations et des discours sur la science. A cet égard, le Newtonianisme d’Algarotti fut le témoin privilégié d’un moment où