Médias et identités collectives : quand les journalistes disent le « nous » Fathallah Daghmi, Olivier Pulvar * In Images de soi dans les sociétés postcoloniales, Patricia Donatien-Yssa (s/d), Paris, Manuscrit Université, 2007, p.293-313. Le « nous » englobe des représentations communes, entre autres, sur des traits physiques ou sur des valeurs d’appartenance géographiques. Il marque une identité exclusive de l’autre qui ne partage pas les signes distinctifs de la communauté . Ces déclinaisons du « nous » s’entretiennent généralement par les discours sur/de l’identité. Les récits identitaires font l’objet d’un traitement médiatique qui occupe notablement l’espace public de nos sociétés contemporaines ; ils sont également le produit de représentations des journalistes dans l’espace privé. Quelle portée la transmission de ces représentations a-t-elle sur la construction des identités collectives ? Quel rôle la médiatisation joue-t-elle dans la discussion publique sur la construction d’un « nous » ? Voici les deux principales questions auxquelles cette contribution souhaite répondre. On s’intéresse ici au discours journalistique martiniquais, à la fois en tant que produit des représentations des journalistes et, résultat de l’actualité médiatique. « Les journalistes sont l’objet d’une attention et d’un intérêt soutenus au sein des sociétés développées ou technologiquement avancées parce qu’ils ont dépassé le statut de simples observateurs ou de témoins » 1 . En effet, le journaliste est un acteur social, et à ce titre il s’interroge sur l'identité des Martiniquais, à l’instar des autres acteurs sociaux. De plus, son métier lui procure une posture « au dessus » des autres acteurs sociaux dans la mesure où il met en scène via les supports médiatiques les représentations relatives à cette identité. Le cadre de la recherche Dans un premier temps, on propose une analyse du discours et des stéréotypes relatifs à l’identité caribéenne chez ces leaders d’opinion. Au-delà du traitement de l’actualité quotidienne et du fait-divers, il est intéressant d’interroger la manière avec laquelle se convoque la thématique « Caraïbe » mais également de questionner l’absence de cette identité des discours journalistiques. Les représentations journalistiques révèlent-elles un solide ancrage de la Caraïbe dans l’identité martiniquaise ? Les réponses à cette interrogation découlent d’une enquête représentative des grands médias en Martinique. L'étude est réalisée auprès de quinze journalistes 2 . La démarche empruntée est celle de l’entretien individuel de journalistes représentant des médias aussi divers par leurs * Fathallah DAGHMI est ATER (docteur) en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Antilles-Guyane, membre du Groupe d’Etudes et de Recherches en Espace Créolophone et Francophone. Ses travaux portent sur les représentations de l’immigration dans les médias et sur l’étude des questions identitaires à travers la perception journalistique. Fathallah.Daghmi@martinique.univ-ag.fr Olivier PULVAR est Maître de conférences à l’Université Antilles-Guyane, membre du Groupe d’Etudes et de Recherches en Espace Créolophone et Francophone, et Chercheur associé au Laboratoire Communication et Politique du CNRS (Paris). Ses travaux portent sur les transformations sociales des mondes créoles en liaison avec le développement généralisé des phénomènes d’information et de communication. Olivier.Pulvar@martinique.univ-ag.fr 1 Michel Mathien, Les journalistes, Paris, PUF, 1995, p.3 2 Le terme « journaliste » est employé dans le sens d’une profession « ouverte » à tous et sans condition de diplôme. M. Mathien. op., cit., p. 17