A PPROCHES DE LIDEAL ET DU REEL, UNIVERSITE DA NGERS, 1993, CAHIER 2, 41-51 41 Lorenzaccio et l’engrenage de la violence Catherine du Toit « Aujourd’hui, bien sûr, on porte aux nues la mythologie primitive, alors que le texte biblique, quand on ne l’oublie pas purement et simplement, est violement méprisé et défiguré. Dans un monde, le nôtre, où règne l’herméneutique philosophique et les interprétations prétendument scientifiques, le texte biblique occupe la place centrale du bouc émissaire insoupçonné qui, souterrainement, structure tout. 1 » Dès le début de la pièce il est clair que le désordre total règne à Florence, où l’action se déroule. L’entropie 2 est manifeste dans l’Église, l’État et les relations humaines. Or, l’ordre est un principe du sacré. Lorsque le prophète Job parle d’un monde duquel Dieu s’est retiré, il le décrit comme un « pays d’une obscurité profonde, où règne l’ombre de la mort et la confusion, et où la lumière est semblable aux ténèbres. » 3 Dans la première épître aux Corinthiens, Paul souhaite que tout se fasse avec bienséance et avec « ordre » car, dit-il, Dieu n’est pas un Dieu de désordre mais de paix 4 . La paix n’est pas seulement un synonyme, mais souvent aussi la condition de l’ordre. Dans Lorenzaccio Musset dépeint une société en plein crise, une société dans laquelle l’ordre naturel est bouleversé ; un monde désacralisé. La désacralisation de l’Église est surtout représentée par les faits et gestes du clergé, et, en particulier, ceux du plus haut rang. Ainsi le degré de la corruption est accentué : le mal vient de l’intérieur, du cœur même ; il est évident que le corps entier doit être pourri. 1 René Girard, Les feux d’envie, Grasset, Paris, 1990, pp. 343-344. 2 L’entropie caractérise le degré de désordre à l’intérieur d’un système. 3 La Bible, traduction de Louis Segond, éd. VIDA, Deerfield, Floride (U.S.A), 1980, Job 10 :22, p. 556. 4 ibid, 1 Cor. 14:40, 33, p. 233-234