Urbanités #2 – Novembre 2013 – Crises en ville, villes en crise Stasis. Rupture de l’unité confessionnelle, émeutes urbaines et reconfigurations politiques (France, Saint-Empire, Italie - vers 1500-1650) Jérémie Ferrer-Bartomeu François Dubois, Le massacre de la Saint Barthélemy, 1576-1584, Peinture à l'huile sur panneau, 94×154 cm (musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne) Dans le cycle de violences ouvert par la rupture de l’unité confessionnelle au XVI e siècle, les villes se dévoilent à l’analyse historienne comme théâtres et enjeux des affrontements religieux. L’Occident chrétien de la fin du XV e siècle est alors marqué par une forte croissance urbaine et économique ; ce dynamisme est l’effet de la rapide récupération du temps des malheurs occasionnés par les pestes, les guerres et les famines des années 1350-1430. Si le fait urbain n’est pas majoritaire, les nouvelles configurations des villes se révèlent problématiques pour les autorités centrales et locales qui cherchent à en réguler les usages et les horizons d'attente multiples, ceux des masses foraines et populaires comme des nouveaux groupes élitaires de la marchandise et de la magistrature. On observe dès les années 1520 un double mouvement. Le dynamisme des centres urbains se mue en facteur de crise sous l’effet des Réformes. Les anciennes hiérarchies et solidarités corporatives et paroissiales sont renouvelées, perturbées et heurtées à la faveur des recompositions complexes dues aux divisions religieuses. Fait social total, le choix confessionnel induit des ruptures marquées dans les sociabilités, le bâti, les «Les forces encore ennemies sont en état de stasis. La stasis c’est ce moment de dissentiment (parfois de sédition) mais aussi d’équilibre des forces et donc d’accord sur le seul point commun, qu’il y a stasis des forces, donc krisis, point nodal des problèmes. La violence est à ce point critique et statique, possible, donc réfutable. De la krisis sort, si on veut être citoyen, le jugement politique, l’art de décider, que dit le mot de krisis», Philippe-Joseph Salazar, Parole Démocratique. Entames Rhétoriques