Vers une politique mémorielle européenne ? L’évolution du statut de l’histoire dans le discours du Conseil de l’Europe. Patrick Garcia Université de Cergy-Pontoise, IHTP Paris Que ce soit par le biais des commémorations, en inscrivant l’enseignement de l’histoire dans les programmes scolaires 1 ou bien encore en soutenant l’essor des institutions de recherche, l’histoire est une préoccupation partagée de l’ensemble des États-nations et le développement de la discipline a accompagné leur essor au XIXème siècle. Bien que les institutions européennes – qu’il s’agisse de l’Union européenne ou à plus forte raison du Conseil de l’Europe – ne relèvent pas de la même logique 2 puisque la définition de l’enseignement de l’histoire ou la politique commémorative sont des prérogatives des États membres, ces institutions ont, elles aussi conduit, une réflexion sur l’histoire. Or cette dernière 3 et les recommandations qui en découlent ont connu une profonde mutation au cours des deux dernières décennies : la façon d’appréhender l’histoire, à l’origine plutôt prudente et essentiellement tournée vers l’enseignement, est devenue plus ambitieuse, esquissant même une véritable politique publique du passé. C’est cette inflexion que je me propose d’étudier, en privilégiant l’action et la réflexion produites par le Conseil de l’Europe 4 . I) Un “âge d’or” en héritage : 1950-1989 le Conseil de l’Europe, l’histoire et la révision des manuels scolaires d’histoire L’attention à l’égard de l’enseignement de l’histoire est constitutive de l’action du Conseil de l’Europe en matière culturelle. Ainsi la convention culturelle européenne adoptée à Paris le 19 décembre 1954 revient plusieurs fois sur la nécessité de favoriser l’étude “des langues, de l’histoire et de la civilisation des autres parties contractantes ainsi que leur civilisation commune”. L’action en faveur de la révision des manuels scolaires afin 1 Eux-mêmes d’ailleurs souvent structurés par une logique commémorative notamment à l’école primaire. Cf. Suzanne Citron, Le Mythe national, nouvelle édition complétée, éditions de L’Atelier, 2008. 2 Cf. par exemple Jean-Marc Ferry, Europe la voie kantienne Essai sur l’identité postnationale, Cerf, 2005. 3 Le terme “d’histoire” y est entendu dans son acception la plus large à la fois historiographie, enseignement et perception de ce qui est advenu, de ce qui advient. 4 Je remercie Jean-Pierre Titz, Chef de Division de l’Enseignement de l’Histoire du Conseil de l’Europe, pour son aide au cours de cette enquête.