Didier PLASSARD Colloque Mises en scène du monde, TNB, nov. 2004 page 1 Mises en scène du monde, Actes du colloque international organisé par le Théâtre National de Bretagne (Rennes, 4-6 novembre 2004), Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2005 (pp 66-79). Le metteur en scène : homme-mémoire, interprète ou démiurge Didier Plassard Que la mise en scène est un art, que le metteur en scène est un artiste, ce sont là deux affirmations qui ne suscitent plus vraiment le débat aujourd’hui, tout au moins dans l’espace culturel que dessine l’expansion, à travers le monde, du modèle théâtral occidental. Pourtant, la relation qui unit ces deux propositions ne va pas de soi : elle ne se fonde pas sur la même dépendance réciproque que lorsque nous disons, par exemple, que la peinture est un art et le créateur de tableaux un artiste ; ou que la musique est un art, et le musicien un artiste. Même si nous prenons en considération le fait que, déjà, peinture et musique divergent sensiblement, en ce sens que le tableau est l’œuvre du seul peintre tandis que le compositeur et l’instrumentiste sont tous deux musiciens 1 , il n’en demeure pas moins que la représentation théâtrale repose sur un principe différent, qui interdit toute comparaison approfondie avec les autres arts. Ce principe, c’est celui du travail collectif donc de la responsabilité artistique partagée. La conséquence de cette observation peut surprendre : la mise en scène est un art, mais le metteur en scène n’en a pas l’exclusivité. Alors qu’on ne saurait concevoir de tableau qui ne soit l’œuvre d’un peintre, ni de musique qui ne soit celle d’un compositeur ou d’un interprète, la mise en scène se passe fort bien de metteur en scène ; c’est même ce qu’elle a fait pendant longtemps, et qu’elle continue parfois de faire aujourd’hu i. La question, ici, n’est pas celle du rapport entre l’auteur et le metteur en scène, entre la part de création portée par le texte et celle portée par le plateau. Elle n’est pas, non plus, celle des apports respectifs de l’acteur et du metteur en scène. C’est du seul point de vue de la composition scénique que nous pouvons affirmer que le metteur en scène n’a pas le monopole de son art, c’est-à-dire que cet art peut trouver à s’accomplir par d’autres moyens.