Ce que vaut la fin du monde Arnaud ESQUERRE Pourquoi peut-on dire d’un lieu qu’il sera sauvé de la fin du monde ? Une telle question pourrait paraître, pour qui s’intéresse aux prédictions de fin du monde, surprenante, voire absurde au premier abord. L’eschatologie, en tant que théorie des fins dernières du monde peut être conçue comme devant aboutir à la résurrection des morts, concomitante de l’instauration sur terre d’un royaume divin, abolissant le temps au profit de l’éternité. Cependant, les individus dont il sera question ici se réfèrent à l’Apocalypse et à la fin du monde au sens d’un cataclysme majeur débouchant sur l’extinction de l’espèce humaine, et auquel seules quelques personnes pourraient échapper, c’est-à-dire dans un sens plus proche de celui du thème de Noé sauvé du déluge, bien que celui-ci ne soit pas mentionné. Toutefois, dans cet usage commun, ne sont généralement sauvées de la fin du monde que des personnes humaines au comportement exemplaire ou/et choisies pour l’être. L’idée qu’un lieu serait sauvé de la fin du monde, et donc que quiconque se trouvant en ce lieu serait sauvé par la même occasion, indépendamment de ses actions passées, même s’il a violé, tué, et mangé des enfants ou réalisé une fraude fiscale, et sans qu’une entité invisible n’intervienne pour sélectionner ceux appelés à survivre, ne peut manquer d’étonner. Pourtant, pendant deux ans, un petit village du sud de la France, Bugarach, a attiré l’attention du monde entier car le mont situé sur son territoire était supposé être sauvé de la fin du monde annon- cée pour le 21 décembre 2012. Quiconque y aurait été présent à 216600MIY_MONDE_cs4_pc.indd 425 216600MIY_MONDE_cs4_pc.indd 425 17/02/2014 10:35:01 17/02/2014 10:35:01