Comment on retraduisit les Just So Stories de Rudyard Kipling Audrey Coussy Université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, France Traductrice Rudyard Kipling publie en 1902 les Just So Stories, son recueil de contes étiologiques destiné à un jeune public, qui est rapidement devenu un classique de la littérature d’enfance et de jeunesse. Son succès, associé à celui de ses deux Jungle Books (parus respectivement en 1894 et 1895), engendre une vague de récits d’animaux, comme le note Isabelle Jan : « Après Kipling, les livres de bêtes se multiplièrent. » 1 Un an plus tard seulement paraît la traduction française, Histoires comme ça. Cette première traduction, qui date pourtant de 1903, a connu depuis plusieurs rééditions et igure toujours à ce jour dans les rayons des librairies. Il faudra attendre la in des années 1980 pour que s’amorce un véritable processus de retraduction chez les éditeurs français, processus qui se poursuit dans les années 1990 et 2000. La présence simultanée sur le marché de la première traduction des Just So Stories et de ses retraductions amène à se poser la question de la légitimité : légitimité de la première traduction, mais aussi légitimité des retraductions. La présence continue de cette première traduction laisse supposer qu’elle reste d’actualité, que sa voix n’a pas été affaiblie par le temps. La possibilité d’un vieillissement jugé négatif de cette première traduction n’est cependant pas à écarter, étant donné sa date de parution, ce qui ferait écho à la rélexion d’Antoine Berman : « il faut retraduire parce que les traductions vieillissent, et parce qu’aucune n’est la traduction. » 2 Retraduire permet une relecture du texte original. C’est également l’occasion de mettre l’accent sur le soin accordé au texte publié, ce qui est d’autant plus important en littérature de jeunesse que celle-ci, historiquement, a souvent pris des libertés (parfois très grandes) 1 Jan, Isabelle, La Littérature enfantine, Paris, Les Éditions Ouvrières, 1985, p. 100. 2 Berman, Antoine, « La retraduction comme espace de la traduction », in Palimpsestes, n° 4, Paris, Publications de la Sorbonne Nouvelle, 1990, p. 1.