1 In Santé de la reproduction et fécondité dans les pays du Sud. Nouveaux contextes et nouveaux comportements, edited by A. Adjamagbo, P. Msellati, and P. Vimard, 2007. Louvain-la-Neuve: Academia-Bruylant : Pp. 499-534. Le contexte de la première naissance en milieu rural sénégalais Agnès Adjamagbo, Valérie Delaunay et Philippe Antoine Introduction La baisse de la fécondité en Afrique sub-Saharienne a été soulignée par de nombreuses études à partir de données d’enquêtes rétrospectives (Blanc et Rutestein, 1994 ; Locoh et Hertrich, 1994 ; Bongaarts et Watkins, 1996 ; Foote et al., 1996 ; Caldwell, 1997 ; Tabutin, 1997 ; Kirk et Pillet, 1998 ; Fall et Ngom, 2001 ; Vimard et Zanou, 2000). Ces études ont montré une baisse de la fécondité dans la plupart des pays, au moins dans les milieux urbains, et ont mis en évidence le rôle important du recul du mariage dans le début de la transition. C’est donc aux âges les plus jeunes que la fécondité commence à diminuer et que la baisse d’intensité la plus forte est attendue dans les années à venir. Cependant, les modifications observées par ailleurs sur les comportements sexuels des adolescents, montrent que le premier rapport sexuel se produit de plus en plus souvent avant le mariage (Caraël, 1995 ; Blanc et Way, 1998 ; Delaunay et al. 2001 ; Delaunay et Guillaume, à paraître ; Gage-Brandon et Meekers, 1994 ; Mahy et Gupta, 2002 ; Meekers et Calvès, 1997). Ces deux phénomènes, élévation de l’âge au premier mariage et sexualité prénuptiale, rendent les naissances prémaritales de plus en plus fréquentes (Bledsoe et Cohen, 1993 ; Meekers, 1994 ; Delaunay, 1994 ; Calvès, 1998, 2000 ; Brown et al., 2001 ; Bozon et Hertrich, 2004). Les changements sociodémographiques observés dans les classes d’âges jeunes ont, dès le début des années 1990, alerté la communauté internationale et donné lieu à des aménagements spécifiques des politiques de population, à travers, notamment le concept de santé de la reproduction. Avec la Conférence du Caire en 1994, les adolescents ont émergé comme un groupe cible pour les politiques de population. Depuis, les programmes d’information et de sensibilisation des jeunes aux questions de sexualité et la mise en place de services spécifiques de planification familiale se sont développés. Mais dix ans après, la question des grossesses non désirées et des risques d’infections sexuellement transmissibles demeure toujours à l’ordre du jour dans la plupart des pays africains (FNUAP, 2003). Si la dissociation entre sexualité et mariage est une réalité désormais reconnue en Afrique subsaharienne, le nouvel espace prémarital qui en découle n’a été pris en compte que tardivement par les politiques et parvient difficilement à s’affranchir des interdits sociaux liés à l’exercice d’une sexualité illégitime. Le sujet de ce chapitre porte sur l’évolution des années 1960 à nos jours des comportements de fécondité prénuptiale dans la société rurale sénégalaise. Il s’agit de voir comment, dans une société qui ne pratique pas la contraception et où le recul de l’âge au mariage s’est affirmé, la fécondité prémaritale a évolué au cours des générations. Ce chapitre propose ainsi de décrire l’évolution des circonstances entourant la première naissance à partir de l’étude approfondie des indicateurs de fécondité aux jeunes âges. Notre approche repose sur l’analyse des données d’un suivi démographique à long terme qui permet de mesurer précisément le début de la baisse de la fécondité. Elle s’appuie également sur des données biographiques qui mettent en évidence les changements au cours des générations. Enfin, un important corpus de données publiées de nature sociologique et anthropologique est utilisé.