45 Trajectoires biographiques et itinéraires d’amateurs. Une enquête sur le goût musical Wenceslas LIZÉ GRESCO, Université de Poitiers Les caractéristiques d’une analyse des « devenirs biographiques » et le choix des concepts pertinents pour saisir ce type de processus temporel dépendent de la place qui leur est attribuée dans l’analyse d’un objet de recherche. L’examen du « biographique » peut en effet constituer le cœur, voire l’intégralité d’une recherche, mais il peut également prendre place aux côtés d’autres procédures d’investigation et occuper au sein d’une démonstration une place et une fonction subordonnées. C’est précisément le cas de mon investigation sur la production sociale du goût musical, focalisée sur le cas particulier du jazz. Le propos de ce texte n’est pas celui d’une approche comparative des vertus respectives de telle ou telle notion par rapport à telle autre, ni nécessairement la défense d’un point de vue épistémologique sur l’approche du « biographique », ce « mot-totem » 1 autour duquel les sciences sociales viennent régulièrement jouer leurs oppositions internes. Je voudrais, plus simplement, revenir sur l’usage de deux notions de l’univers conceptuel du biographique – « trajectoire » et « itinéraire » – dans le cadre de ma thèse sur le goût musical. L’intention n’est pas d’examiner cet usage sur le seul plan conceptuel mais de décrire ses déclinaisons sur trois niveaux successifs : quelle place ces notions – et la dimension biographique en général – occupent-elles au sein de la construction de l’objet de recherche ? Quel est ensuite le mode d’investigation mis en œuvre pour saisir les données biographiques et quel est leur domaine de validité ? Comment ces données ont-elles enfin été analysées pour rendre compte des itinéraires d’amateur ? Le statut conféré au concept de « trajectoire biographique » mérite dès maintenant d’être explicité : concept opératoire pour analyser des devenirs 1 Bernard Pudal, « Du biographique entre "science" et "fiction". Quelques remarques programmatiques », Politix, n° 27, 1994, p. 5-24.