Une anthropologie engagée aux interfaces de la mondialisation. Pour élargir le débat… Jacinthe MAZZOCCHETTI 1 & Danielle DE LAME 2 1. Quels « nouveaux objets » ? Les études de cas composant cet ouvrage portent sur les représentations, les discours et les pratiques autour de l’enjeu du développement entendu comme une action volontariste de transformation des sociétés, pour reprendre le propos d’Olivier de Sardan (1995 : 7) mais aussi comme voie d’accès aux valeurs de la mondialisation traduites en désir de modernité. Le contexte néolibéral et les mesures politiques qui le déinissent imposent d’inclure, dans l’analyse des opérations de développement, les organismes et les compagnies commerciales internationaux, les logiques nationales et les réseaux translocaux. Sous l’enrobage moral de recettes économiques, les auteurs dévoilent la complexité des jeux d’acteurs multiples et situés à des niveaux divers d’accès au pouvoir et aux ressources. Le lien établi par les institutions internationales, telles que le FMI et la Banque mondiale, entre croissance économique et réduction de la pauvreté, est peu remis en cause dans les nouvelles orientations (Cling, Razaindrakoto & Roubaud 2002a). L’enchaînement vertueux entre libéralisation, croissance et réduction de la pauvreté continue à légitimer des manières de faire nouvelles sur le terrain, et en ce qui concerne notre ouvrage, en Afrique. Le recours à ce registre moral voile les réalités politiques nouées à l’économique et s’accompagne de procédures qui font converger les connaissances vers une légitimation des mesures en même temps qu’il désamorce les possibilités de résistance après avoir invalidé, ou relégué à ignorance, les éléments divergents. Ce qui est digne d’être sauvegardé confond des critères moraux et des impératifs de marché (Panella), tandis que l’universalisme des proclamations écarte les risques d’un débat social. Ces proclamations doivent être historiquement situées (Singleton 2011) : c’est ce qui nous a incitées à recourir à une analyse 1. Université catholique de Louvain. 2. Musée royal de l’Afrique centrale.