L’antiracisme catholique, l’autodéfense de l’Église et le sort des Juifs dans l’Allemagne nazie, Par Martin Rhonheimer Sous-titre de cet essai de Martin Rhonheimer*, Professeur de philosophie à l’Université Pontificale de la Sainte Croix, Rome: Le « silence de l’Église » à l’égard de la persécution des Juifs dans l’État national-socialiste. Plaidoyer pour un débat ouvert sur le passé 1 . * Né en 1950, à Zürich (Suisse) dans une famille d’origine juive, Martin Rhonheimer a étudié l’histoire, la philosophie, les sciences politiques et la théologie à Zürich et à Rome. Il est titulaire d’un doctorat en philosophie de l’Université de Zürich. Ordonné prêtre en 1983, il est incardiné dans la Prélature de la Sainte Croix et de l’Opus Dei. Ses travaux et recherches sont nombreux et diversifiés : ils vont de l’éthique à la philosophie politique et traitent d’une large gamme de sujets, dont, en particulier : la philosophie de l’acte moral, la vertu, la loi naturelle, Thomas d’Aquin, Aristote, l’éthique de la sexualité et la bioéthique, l’éthique politique de l’État constitutionnel et de la démocratie. Il est actuellement professeur d’éthique et de philosophie politique à la Faculté de Philosophie de l’Université pontificale de la Sainte-Croix, à Rome. Il est également membre du Comité de rédaction de l’American Journal of Jurisprudence (Faculté de droit de Notre Dame) et membre du Comité 1 Cet article est d’abord paru dans une version plus brève, sous le titre « Das Gewissen reinigen: Sich erinnern, wie es wirklich war » (Purifier la conscience : faire mémoire de ce qui fut effectivement), dans le Tagespost, n° 76 (28 juin 2003), p. 9-10 ; une version détaillée est parue sous le titre Katholischer Antirassismus, kirchliche Selbstverteidigung und das Schicksal der Juden im nationalsozialistischen Deutschland. Das „Schweigen der Kirche“ zur Judenverfolgung im NS-Staat: Ein Plädoyer für eine offene Auseinandersetzung mit der Vergangenheit dans : Andreas Laun, Unterwegs nach Jerusalem – Die Kirche auf der Suche nach ihren jüdischen Wurzeln (En route vers Jérusalem – L’Église à la recherche de ses racines juives), Eichstätt, 2003, p. 10-33 ; l’article est paru en anglais – dans la traduction (anglaise) de John Jay Hughes – légèrement augmentée (mais sans notes), sous le titre « The Holocaust: What Was Not Said » (L’Holocauste : ce qui n’a pas été dit), dans First Things, n° 137, novembre 2003. Le texte de la présente version, traduit de la version allemande incluse dans le volume d’Andreas Laun, a été complété par les portions de texte supplémentaire de la version anglaise dans First Things, complété par les références qui y manquaient. (La note 12, référant à un article de M. Macina, a été ajoutée par celui-ci et se trouve seulement dans la version française.) La version française ici présentée est donc la version la plus complète publiée jusqu’à présent. Pour les précisions, aides et critiques, je remercie Victor Conzemius, Konrad Repgen, Rudolf Repgen, John Jay Hughes, Andreas Laun, Elisabeth Seitz Shewmon, Antoine Suarez, Barbara Schellenberger. [Pour mémoire, cette traduction est déjà parue dans Menahem Macina, L’apologie qui nuit à l’Église. Révisions hagiographiques de l’attitude de Pie XII envers les Juifs. Suivi des contributions des professeurs Michael Marrus et Martin Rhonheimer, Cerf, Paris, 2012, pp. 229-272.]