9 L’extrême droite au Royaume-Uni : une montée en puissance qui confirme la fin de l’exception britannique ? Kevin Braouezec 1 L ongtemps, les observateurs de la vie politique britannique ont pensé que l’extrême droite ne pourrait jamais se faire une place sur l’échiquier politique. Ainsi Roger Eatwell, historien britannique spécialiste du fascisme, voit la Constitution britannique comme un « roc » contre l’extrémisme, car « omniprésente, consensuelle [...] non-violente, nourrissant une civilité profondément enracinée qui semble militer contre les philosophies radicales et militantes ». En effet, jusqu’ici, aucun parti d’extrême droite n’avait réussi à s’implanter durablement dans le paysage électoral. Que ce soit durant les années 1930 à travers la « British Union of Fascists » (BUF) d’Oswald Mosley, qui s’inscrivait dans l’antisémitisme ambiant de l’époque ou encore dans les années 1970 avec le National Front, la société britannique avait toujours dans sa grande majorité rejeté l’extrémisme. En fait, au cours du XX e siècle, le seul symbole historique de l’extrémisme au Royaume-Uni n’est pas venu d’un parti mais d’un homme, Enoch Powell. Député conservateur dans la circonscription de Wolverhampton South West (région West Midlands) pendant près de vingt-quatre ans, il occupa de hautes responsabilités il fut 1. Doctorant de l’Institut français de géopolitique, université Paris-VIII. L'extreme-droite_en_Europe-EP1.indd 183 L'extreme-droite_en_Europe-EP1.indd 183 26/02/14 18:38 26/02/14 18:38