Remise en cause et mutation de l'idéal féminin dans le cinéma français des années 1970. Catherine Deneuve dans Touche pas à la femme blanche (Marco Ferreri, 1974) Gwenaelle Le Gras Catherine Deneuve véhicule depuis Belle de jour (Bufiuel, 1967) une certaine représentation de la femme blanche européenne : celle du fantasme masculin de la bourgeoise froide aux désirs sexuels inavoués ou pervers. En même temps, elle incarne une star française quasi institutionnelle sur le plan national et international. Or, entre 1968 et 1974, le cinéma français connaît une période agitée sur le plan idéologique, peu propice aux valeurs bourgeoises, aux institutions et aux stars. A cette époque, la production cinématographique française subit une crise économique intensifiée par la hausse du prix des places et la concurrence de la télévision. De surcroît le cinéma se politise. Les femmes prennent de plus en plus la caméra. Elles accompagnent le foisonnement des mouvements féministes qui débouchent sur des réformes législatives, comme celle sur l'avortement en 1975 , malgré l'attachement encore fort de la société à l'ordre patriarcal traditionnel. Face à cette nouvelle donne sociale et cinématographique, mon propos est de cerner la manière dont une star comme Deneuve surmonte cette crise en s'éloignant, intentionnellement ou non, de son image liée au cinéma d'auteur. Après l'échec relatif de La Sirène du Mississippi (Truffaut, 1969) qui alimente une nouvelle fois le mythe de la madone perverse, Deneuve semble dans l'impasse. L'année 1970 lui offre un sursis. Elle confirme sa légitimité d'actrice grâce à Tristana (Bufiuel). Et elle récolte un succès populaire avec Peau d'âne de Jacques Demy qui la consacre princesse avec l'assentiment de plus de deux millions de spectateurs. Pourtant, Tristana et Peau d'âne