Luxembourg Temps modernes 227 ce qui est considérable. La proportion de la triade est moindre dans les latrines qu’ailleurs sur le site, alors que la volaille y est nettement plus fréquente. Au sein de la basse-cour, la poule est nettement dominante, devant l’oie. Le canard, le pigeon et la dinde ont été identiiés ponctuellement. La poule et les oiseaux domestiques constituent donc un apport très important dans l’ali- mentation. Quelques os de lièvres représentent l’unique indice de la consommation de gibier à poils. Des restes d’oiseaux sauvages appartenant à des merles ou grives, à des geais et à un cygne sont présents. Tous sont sup- posés avoir été consommés. L’analyse des restes de tamisage fournit une image bien diférente, témoignant de l’importance des petits animaux dont les fragments ne sont pas détectés lors de la fouille. Ainsi, c’est l’écrevisse à pattes rouges qui domine (29 % des restes tamisés). L’exosquelette de ce crustacé a toutefois subi une forte fragmentation, conduisant à une surreprésentation de l’espèce. Mais l’écrevisse a fait l’objet d’un intérêt indéniable, comme l’indiquent les livres de comptes de l’abbaye qui men- tionnent l’acquisition de plus de 300 individus au cours de l’année 1743. Leur provenance peut être locale. En efet, l’Eisch et la Durbach, deux cours d’eau présents à proximité du site, ont pu accueillir l’écrevisse qui fré- quente les rivières propres, froides et bien oxygénées. En outre, un lot d’ossements de grenouille (18 % des restes tamisés), fréquemment considérée comme une espèce intrusive, mérite ici une attention particulière. Une concentration d’os des pattes arrière et du bassin constituent le relief de la consommation de cuisses de grenouilles. En efet, tous les ilions ont été découpés sui- vant le même schéma, qui est comparable à celui mis en évidence dans une fosse dépotoir de l’époque moderne du site des Hallettes, en France, où la consommation de cuisses de grenouilles a été mise en évidence (Clavel, 1997). Par ailleurs, les poissons sont bien représentés (25 % des restes tamisés). Outre le cabillaud, le saumon, la carpe et le brochet récoltés à vue, le tamisage a per- mis d’ajouter le hareng, l’anguille, la loche franche et le chevaine. Les espèces d’eau douce sont largement domi- nantes et parmi celles-ci, la carpe est majoritaire. À l’ins- tar du brochet, la carpe était élevée dans des étangs et viviers possédés par l’abbaye. Les livres de comptes indi- quent qu’en décembre 1742, 120 carpes et 3 brochets ont été extraits de l’un des étangs de Clairefontaine. Harengs et cabillauds ont été importés depuis la côte, Quentin Goffette, Mona Court-Picon et Sidonie Preiss L’abbaye cistercienne de Clairefontaine est située en province de Luxembourg, à 5 km au sud-est d’Arlon. Elle fut fondée peu avant 1247 sur volonté de la com- tesse Ermesinde de Luxembourg, qui était désireuse d’y établir la future nécropole royale. Strictement réservée aux femmes de noble lignage dans un pre- mier temps, l’abbaye s’ouvrira ensuite à la bourgeoi- sie. En 1794, Clairefontaine est incendiée lors de la Révolution française, ce qui mènera à la suppression de la communauté en 1796. Des campagnes de fouilles y ont été menées par le Service public de Wallonie de 1997 à 2007, sous la direction de J. De Meulemeester, décédé en 2009. Les latrines maçonnées du 18 e  siècle sont situées au nord de l’abbaye, à côté de la Durbach, ruisseau qui a probablement servi à l’évacuation des liquides. Des planches couvraient le fond de la fosse d’aisance dont elles devaient faciliter la vidange. Le mobilier archéolo- gique découvert est daté entre 1730 et 1789. La fouille a permis la récolte d’un riche matériel organique, qui a été complétée par le tamisage d’environ 80 litres de sédiments prélevés dans la structure. Au total, un très grand nombre de restes botaniques (pollen et autres microfossiles non polliniques, graines, fruits, mousses) et fauniques (7 428) fut récolté. Bien daté, ce contexte ofre l’opportunité de combiner les résultats de difé- rentes sciences naturelles appliquées à l’archéologie aux données issues de l’analyse partielles des sources historiques, menée par Isabelle Bernard. L’alimentation à Clairefontaine au 18 e  siècle D’après les restes fauniques récoltés à vue, les animaux de la triade domestique et la volaille sont les principaux contributeurs à l’alimentation carnée. En nombre de restes, c’est le porc qui domine (41 %), suivi par les caprinés (38 %) et le bœuf (21 %), tandis que le poids de restes est similaire pour les trois espèces (33 % des restes récoltés à vue chacun). Des restes de porcelets, d’agneaux et de veaux portant des traces de découpes ont été découverts ; les os de veaux constituent envi- ron 80 % des restes de bœuf provenant des latrines, Arlon/Autelbas : étude des restes organiques des latrines de l’abbaye cistercienne de Clairefontaine (18 e  siècle) TEMPS MODERNES