Une approche socio-discursive des figures de l’identité dans l’entretien autobiographique Muriel MOLINIE, Université de Cergy-Pontoise, EA 1392 Centre de Recherche Textes et Francophonies – LaSCoD, F-95000 Cergy-Pontoise Résumé L’auteure s’interroge sur une difficulté méthodologique : celle de mettre en œuvre des compétences professionnelles d’écoute vis-à-vis des apprenants plurilingues grâce à des dispositifs de narration de leurs autobiographies culturelles et langagières. Cette compétence est de plus en plus requise par la diffusion, dans le champ de l’éducation au plurilinguisme, de démarches biographiques et réflexives (cf. les Portfolios européens des langues incitant les apprenants à composer des biographies langagières, des récits d’apprentissages, etc.). Un premier modèle d’écoute des récits d’apprentissage et de formation s’est construit à partir d’une représentation : celle de l’écoute « neutre », « scientifique », des « récits de vie ». Mais l’auteure montre comment ce modèle est déconstruit (tant en sciences du langage que par certains sociologues) et resitue la co-production des discours autobiographiques dans une relation interpersonnelle. Cette déconstruction conduit l’enquêteur comme l’enseignant à reconnaître d’une part, leurs rôles d’intervenants exerçant un pouvoir symbolique (celui d’être cet « autrui significatif » impliqué dans une co-énonciation) et, d’autre part, une responsabilité qui dépasse les limites classiquement assignées à la pratique éducative (et, a fortiori, aux pratiques d’enquête). Cette nouvelle responsabilité se comprend mieux dès lors que l’on fait, avec le sociologue Claude Dubar, l’hypothèse d’une crise des ressources langagières dans l’expression de l’identité personnelle. Cette hypothèse permet de mieux saisir les enjeux indissociablement sociaux et langagiers du développement de pratiques autobiographiques en formation initiale et continue. Car ces pratiques semblent se construire en réponse à une demande sociale : celle de sortir de cette crise en augmentant les possibilités (individuelles et collectives) d’articuler toujours plus dans le langage, la vie et les apprentissages, savoirs expérientiels et savoirs théoriques. Incité, aujourd’hui, plus qu’hier, à réussir chaque étape de son parcours (personnel-professionnel), l’individu contemporain doit narrer sa vie dans une ou plusieurs langues (et variétés de langues), au cours de ses mobilités culturelles afin de tisser et retisser les liens (narratifs, dialogiques et sociaux) qui, seuls, lui permettent d’éprouver et de développer son humanité. Mots-clés : Récit de vie, entretien autobiographique, crise des ressources langagière, identité personnelle, variations, plurilinguisme, mobilités. Comme nous l’indiquons en préface, nous envisageons la construction d’une identité professionnelle en didactique des langues et des cultures, comme intégrant une capacité à écouter l’histoire d’autrui, dans le cadre des activités que mène tout praticien désirant articuler enseignement et recherche. L’autre (l’interlocuteur que l’on écoute) est placé, selon ces situations, dans le rôle de l’apprenant verbalisant, en entretien autobiographique les fragments de sa biographie culturelle et langagière (Molinié, 1997, 2002, Brétegnier, ici-même), ou 1