Pascal Sieger – EHESS - 2014 1 La macro-anthropologie transnationale comme courant théorique Marc Abélès (2012), Anthropologie de la globalisation, Paris, Petite Bibliothèque Payot (1 ère édition en 2008). Arjun Appadurai (trad. F. Bouillot) (2005) Après le colonialisme. Les conséquences de la globalisation, Paris, Payot (titre anglais Modernity at Large publié en 1996 aux Etats- Unis) Le concept de globalisation est devenu un incontournable des sciences sociales depuis la fin du XXᵉ siècle. En anthropologie, l’analyse de la tension entre local et global est devenue pratique courante mais peu de courants théoriques revendiquent l’appellation d’ « anthropologie de la globalisation ». Dans cette étude, je me pencherai sur l’un de ces courants qu’on pourrait désigner sous le nom de « macro-anthropologie transnationale (ou globale) ». Pour tenter de dresser le portrait de cette orientation je m’appuierai sur deux ouvrages que douze années séparent : Modernity at large (Après le colonialisme), d’Arjun Appadurai écrit 1996 et Anthropologie de la globalisation de Marc Abélès publié en 2008. Les projets de ces ouvrages sont très différents : Appadurai fait avant tout une description de notre monde globalisé alors qu’Abélès tente de cerner l’apport de l’anthropologie dans l’étude de la globalisation en proposant des pistes et des outils de recherche. Outre un certain nombre de points communs dans les thèmes qu’ils abordent, les deux livres sont liés par la personne de Marc Abélès qui a été à l’origine de la traduction de Modernity at large et en a rédigé l’introduction ce qui a priori ne signifie pas qu’Abélès soit d’accord en tous points avec les théories d’Appadurai, souvenons-nous que c’est Pierre Bourdieu qui a fait traduire Erving Goffman alors que leurs approches de la sociologie étaient loin d’être similaires… Les deux livres vont donc se répondre et se compléter pour donner une image du courant de la macro-anthropologie globale (ou transnationale) dont ils sont des pierres angulaires. Je commencerai par analyser ce que représente la globalisation pour les deux auteurs et retracer l’héritage anthropologique dont leurs théories sont imprégnées puis dans une seconde partie, j’examinerai la notion de culture qui est le concept-phare autour duquel s’articulent les recherches d’Appadurai et Abélès mais aussi les divergences entre les chercheurs notamment sur leurs objets d’étude. La troisième partie traitera de l’approche méthodologique en partant d’exemples d’ethnographies menées par les deux anthropologues et pour terminer, je discuterai des critiques auxquelles s’est heurtée cette optique. Faire une anthropologie de la globalisation ? 1. Globalisation, mondialisation et modernité Faire une anthropologie de la globalisation est manifestement l’objectif de ce courant comme l’annonce le titre de l’ouvrage de Marc Abélès, cependant il est nécessaire auparavant de définir ce qu’on entend par globalisation. Anthropologie de la globalisation s’ouvre sur une réflexion à propos de ce concept et une définition :