Bochumer Philosophisches Jahrbuch für Antike und Mittelalter 12 (2007)
© 2007 John Benjamins B.V., Amsterdam
BRUNO TREMBLAY
Nécessité, rôle et nature de l’art logique,
d’après Albert le Grand
Comme bien d’autres parties de son œuvre, la pensée logique d’Albert le
Grand – et j’entends par là aussi bien son traitement de questions relevant de
la logique proprement dite que sa philosophie de la logique – reste en bonne
partie inexplorée. Il faut dire que cette pensée logique est explicitement tenue
en très piètre estime par certains. C. Prantl a inauguré le bal au dix-neuvième
siècle en affirmant qu’Albert, grand lecteur mais philosophe d’une intelligence
et d’une capacité d’assimilation médiocres, n’avait aucune vision d’ensemble
de la logique qui soit cohérente et basée sur des principes fixes et uniformes,
et se contentait de manifester dans des écrits répartis sur plusieurs années les
diverses sources qui ont successivement exercé de l’influence sur lui.
1
Loin
d’être un fait isolé et exceptionnel dans l’historiographie moderne de la philo-
sophie médiévale, cette façon de voir de Prantl a été pour l’essentiel répétée,
quoiqu’en termes beaucoup plus polis et mesurés, dans un article de S. Ebbe-
sen paru il y a plus d’une vingtaine d’année et au titre très évocateur.
2
Il serait par trop hardi de nier l’existence du moindre bienfondé au juge-
ment de ces détracteurs de l’œuvre logique d’Albert, alors que celle-ci a été
en réalité si peu étudiée jusqu’ici. Mais il nous est sûrement possible de ten-
1
Cf. C. PRANTL, Geschichte der Logik im Abendlande, Band III, Leipzig 1867, pp. 89-90.
2
Cf. S. EBBESEN, »Albert (the Great?)’s Companion to the Organon«, in: A. Zimmermann
(ed.), Albert der Grosse: seine Zeit, sein Werk, seine Wirkung, Berlin-New York 1981, pp.
89-103. L’auteur remet en question, à la p. 103, l’interprétation habituelle qu’on fait du
surnom Magnus, tellement cette appellation jure avec la médiocrité de l’œuvre logique
d’Albert.