Marc RELIEU Cédric TERZI LES POLITIQUES ORDINAIRES DE LA VIE URBAINE L’organisation de l’expérience publique de la ville Ce texte programmatique est issu de la rencontre entre deux perspectives res- pectivement centrées sur l’analyse des activités de déplacement dans les espaces publics urbains (Relieu, 1994 et 1999 ; Relieu & Quéré, 1998) et sur l’étude des controverses politiques dans les espaces publics démocratiques (Terzi, 2000; Ingold & Terzi, 1996; Widmer & Terzi, 1999). Nous soutenons une approche praxéologique du politique, à partir d’une double proposition. D’une part, nous suggérons que certaines des formes les plus concrètes de l’ex- périence publique urbaine revêtent une dimension politique, en ce sens qu’elles incarnent et constituent pratiquement différentes modalités du vivre-ensemble. D’autre part, nous considérons que les activités plus classiquement qualifiées de « politiques » – telles que les controverses, les disputes, ou les débats publics – s’appuient étroitement sur ce caractère organisé et orienté des activités urbaines ordinaires, sans toutefois s’y épuiser. Ces deux options témoignent d’un double refus et d’une sensibilité à la pos- ture ethnométhodologique. D’abord, nous refusons de séparer clairement au plan conceptuel le niveau « micro » du niveau « macro ». Nous éviterons donc de jouer le tour rhétorique consistant à commencer par dresser une caricature de deux camps – on connaît par exemple la fortune de l’opposition entre « subjecti- visme et objectivisme » – avant de prôner le dépassement de leurs impasses res- pectives, voire leur réconciliation. Ensuite, nous refusons de régler les questions de définition du politique, de l’urbain ou du public à coup de définitions. Nous préférerons suggérer quelques pistes pour l’étude empirique de la publicité urbaine au lieu de spécifier les contours de cette notion. Enfin, nous étaierons CURAPP, Les sens du public, PUF, 2003. relieu_terzi 12/01/06 15:21 Page 373