Benoît Rossignol, 2009 Entre le glaive et le stylet, armée et administration des provinces dans l'occident romain 1 Entre le glaive et le stylet Armée et administration des provinces dans l'occident romain (197 av. J.-C. ; 192 ap. J.-C.) Benoît ROSSIGNOL (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; UMR 8210 Anhima) Si nous parlons aujourd'hui de l’armée romaine au singulier, il n’y a pour les Romains que des armées, exercitus, des soldats, milites, des legiones 1 … L’effort militaire se conçoit à l’image du divers qu’est l’empire. On peut y voir un premier signe des liens forts qui peuvent attacher une armée aux régions où elle opère. Ce pluriel contraste avec l’image cohérente de l’institution tant dans le tableau dressé par Polybe au début de la période, que dans l’apparente homogénéité de nombres de ses traits, d’un bout à l’autre de l’empire, à la fin de l’époque antonine : ce paradoxe témoigne bien de la place des ces armées entre Rome et les provinces. Elément essentiel, mais non pas unique, de la conquête puis du pouvoir romain, l’armée a des missions simples : « des peuples à combattre, des territoires à contrôler, des ressources à exploiter » 2 et constitue une structure sur laquelle peut s’appuyer l’administration. Outil du gouvernement central, elle en est aussi une des préoccupations majeures : à la fois instrument et contrainte. L’ampleur du sujet 3 et la brièveté impartie interdisent l’exhaustivité et contraignent parfois à l’arbitraire dans le choix des exemples, des points abordés. Il s’agira ici de présenter certains des rapports fondamentaux qui se nouent entre les armées et le gouvernement et l’administration, d’indiquer les modalités par lesquelles l’armée structure le pouvoir romain dans la province. Cette perspective nous conduit à suivre un ordre d’exposition très largement thématique, mais on ne doit pas pour autant sous-estimer les ruptures chronologiques. Durant les quatre siècles considérés, le poids de l’armée romaine dans les provinces d’Occident varie considérablement. Les moda- lités même de la présence de l’armée et des rapports entretenus avec le [77/78] territoire provincial sont aussi marquées par une profonde 1 JAMES 2002, 38 2 CADIOU 2008, 19 3 Outre les synthèses récentes sur l’armée romaine - COSME 2007 ; LE BOHEC, 1990 on renverra à LE ROUX, 1998, 375-424.