1 L’iŶŶovatioŶ coŵŵuŶautaire, eŶ lieu et place du ŵouveŵeŶt social Chapitre à paraître dans J.L. Klein (dir.), La transformation sociale par l’innovation sociale, Presses de lUniversité du Québec, 2015 Pierre-André Tremblay Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) Université du Québec à Chicoutimi Yann Fournis Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT) Université du Québec à Rimouski La dialectique innovation / institution est mal comprise. Concevoir l’innovation sociale au Canada et au Québec sur un mode monologique serait trompeur : conformément au style canadien des politiques réglementaires, l’État ne peut produire seul une politique innovatrice et doit nécessairement s’appuyer sur l’action de la société civile et des mouvements sociaux qui font le lien entre elle et la société politique. Symétriquement, la société civile ne se réalise pas dans l’apesanteur institutionnelle ; pour émerger et se définir, elle renvoie et s’articule aux programmes et politiques configurant l’espace politique national. Or, en dépit de sa diversité, la réflexion québécoise sur le mouvement communautaire présente l’intérêt de penser l’action collective sur les territoires en fonction de la forte présence d’un État interventionniste. Pour saisir les mobilisations issues de certains territoires du Québec, les sciences sociales québécoises vont un temps butter sur la question de la dichotomie État-mouvement social, mais trouveront une voie en déplaçant la focale sur l’institutionnalisation du mouvement social, censée ne pas mettre pas fin à sa mission de changement social. Cette lecture des mouvements communautaires au Québec, de leur ancrage dans le particulier et le local mais aussi leur tension avec les politiques étatiques, ouvre un chantier heuristique : celui de la co-construction de l’État et du mouvement social, d’un espace tiers émergeant de