1 Penser conjointement les différents types d’interactions dont celles numériques Fabienne Martin-Juchat Professeure des Universités Université de Grenoble 3 GRESEC (Groupe de Recherche sur les Enjeux en Communication) 11 av. du 8 mai 1945 38130 Echirolles Tel : 06-14-26-32-40 Mail : fabienne.martin-juchat@u-grenoble3.fr Martin-Juchat, F., 2010, « Penser conjointement les différents types d’interactions dont celles numériques », in P. Weber, J. Deslaux (dir.), De l’espace virtuel du corps en présence, Nancy, PUN : 65-72. Introduction - contexte L’individu n’a pas un corps, l’individu est son corps. La communication est une rencontre de mouvements qui construit le social, mouvements physiques, mais surtout affectifs, portés par des expressions vocales ou non. Le corps n’est pas qu’un agrégat musculaire, l’activité corporelle ne se limite pas à des mouvements percevables visuellement. Le corps est d’abord un médium qui permet l’émergence du sens (Andrieu, Damasio). Être éprouvé charnellement est le socle à partir duquel se construisent la pensée symbolique et le sens commun. La pensée émerge d’un corps en mouvement (Berthoz, Turner, Martin-Juchat). Ce qui se passe dans la relation à un espace symbolique (numérique ou non) tient une place spécifique, car elle caractérise l’être humain. Les narrations, surtout si elles s’appuient sur des corps en mouvement, donnent à vivre des émotions par le biais de l’identification. Le procédé n’est pas nouveau, il s’est par contre généralisé par le biais du storytelling (Gabriel). Les techniques de communication se sont complexifiées grâce au numérique, afin de faciliter le potentiel d’identification que permet la représentation. Faire ressentir la passion par le biais de l’identification est alors un procédé particulièrement recherché par les acteurs de la communication (Ritzer). Ce qui caractérise les sociétés dominées par des logiques marchandes, c’est qu’elles ont, grâce aux médias et récemment aux technologies numériques, perfectionné les discours affectifs, afin de répondre à la nécessité de l’attention et de la valeur ajoutée. Les marques, par exemple, essaient de toucher affectivement les corps, afin de faciliter l’attention et la mémorisation. La communication commerciale, ayant pour finalité le déclenchement programmé des émotions, codifie par là même des associations entre signes et affects ressentis. Aussi, même si elles ne parviennent pas à agir directement sur les comportements, les récepteurs/consommateurs faisant preuve de résistance face à cette logique déterministe, ces discours s’appuient sur des mises en scène des émotions, ce qui demande au récepteur de s’en imprégner physiquement pour en faire émerger du sens. Cette surexploitation de l’affectif dans les discours (par le biais des designs : graphique, scénique, environnemental, …) et cette recherche de l’émotion comme finalité dans la relation sont donc à prendre en considération, car elle implique que des corps - et donc des individus - soient touchés voire affectés (Martin-Juchat). L’objectif de cet article est :