DOSSIER L’archéologie de la Grande Guerre 72 ARCHÉOTHÉMA | 35 | juillet-août 2014 Les soldats oubliés de Boinville-en- Woëvre (Meuse) En 2005, trois sépultures de soldats furent découvertes sur un chantier de fouille archéologique localisé sur la com- mune de Boinville-en-Woëvre (Meuse). Une équipe y procédait à la fouille d’un habitat gallo-romain, préalablement à un projet de contournement routier de la ville d’Etain (Meuse). Ces tombes qui illustrent parfaitement les pra- tiques funéraires de ce début de guerre (Adam 2014b), contenaient les restes de 12 combattants français des 240 e et 365 e Régiments d’infanterie, disparus au combat le 25 août 1914 lors de la bataille de Warcq-Etain (Meuse). Une sépulture individuelle contenait un lieutenant français inhumé sur le ventre. Cet homme portait encore de nombreux vestiges d’uniforme et fut enterré succinctement avec le contenu de sa musette. Il ne fait par contre aucun doute que certains objets lui ont été ôtés avant son enfouissement. Il n’y avait ainsi aucune arme ni vestiges de hols- ter avec le corps, mais un lot de 18 car- touches de revolver modèle 1892 a été retrouvé associé aux vestiges d’un livret militaire, d’un peigne, d’une petite bou- teille d’alcool de menthe et d’une iole de médicament (Rhomnol). Dans sa poche de pantalon se trouvaient une clé, de la monnaie, un canif, et il portait encore deux médailles pieuses sur la poitrine. Réserviste, cet oicier portait au combat sa tenue d’avant-guerre dont le col s’or- nait toujours du numéro en canetille d’or de son ancien régiment, le 165 e Régiment d’infanterie de forteresse, afecté à la Approche archéo- anthropologique des tombes de soldats disparus en Lorraine Par Frédéric Adam, Archéo-anthro- pologue, Chargé de recherche Inrap/UMR 7268 ADES Hormis la sépulture des 21 hommes du 288e R.I. découverte à Saint-Remy- la-Calonne (Meuse) en 1991, les archéologues lorrains ont parfois été confrontés à de telles découvertes lors de chantiers archéologiques situés sur les champs de bataille d’août-septembre 1914 (Adam 2014a). Ils sont aussi amenés à travailler avec les autorités judi- ciaires dans le cadre de découvertes fortuites ou d’enquêtes relatives aux pillages des sépultures mili- taires. Nous en donnerons ici quelques exemples signifi- catifs. Brodequin complet que chaussait encore un lieutenant tué au combat le 25 août 1914 lors de la bataille de Warcq-Etain (Meuse). Cliché F. Adam/ Inrap. Ô