EPREUVES La ParoLe efficace chez Gerhard ebeLinG et PauL ricœur Alberto romele Résumé Le but de cette intervention est de mettre en dialogue les pensées de Paul Ricœur et de Gerhard Ebeling à partir du concept de parole eficace. La première partie entreprend de montrer, notamment à travers les lectures ricœuriennes d’Ebeling dans les années 1960 et 1980, que le théologien allemand est plus «barthien» que le philosophe français en ce qui concerne lde mouvement herméneutique de la distanciation. Dans la seconde partie, la question se pose, à travers une confrontation plus indirecte entre les deux auteurs, de savoir dans quelle mesure Ricœur est plus «barthien» qu’Ebeling par rapport au mouvement contraire de l’appropriation. Dans sa conclusion, l’auteur avance la thèse selon laquelle Ebeling serait plus cohérent que Ricœur dans sa rélexion autour de la parole eficace. Introduction La notion de parole eficace est implicitement au cœur des deux confé- rences données par Ricœur et Ebeling respectivement en 1986 et 1993 à l’occasion de la collation d’un doctorat honoris causa en théologie, à l’Uni- versité de Neuchâtel précisément. Ricœur présente un tel concept sous la forme d’une «crise de la foi», dans le sens bultmannien du terme 1 . À vrai dire, le philosophe français n’aborde la question que dans les toutes dernières lignes de son intervention, avec des formules telles que «on ne peut ici que parier et espérer» ou encore «en dépit de l’absence de consensus et de conviction […], une chance inédite est ouverte au renouvellement», formules qui suggèrent la possibilité d’un passage à travers les crises régionales décrites tout au long de son discours 2 . Ebeling, quant à lui, parle dans sa leçon de l’eficacité de la Parole comme puissance de la Parole de Dieu. La notion est introduite dès le départ par le biais d’un dialogue avec Luther, selon lequel la Parole dégage «le 1 Cf. R. bultmAnn, «La crise de la foi», in : Id., Foi et compréhension, t. 1, Paris, Seuil, 1970, p. 375-394. 2 P. rIcœur, «La crise : un phénomène spéciiquement moderne?», Revue de théologie et de philosophie, 120 e année (1988), p. 1-19, citations p. 19. REVUE DE THÉOLOGIE ET DE PHILOSOPHIE, 144 (2012), P. 305-318