169 Alain Dubois. Drôles d’espèces. Hybridation, perturbations de la méiose Espèce, évolution, diversité Peut-on classer le vivant ? Linné et la systématique aujourd’hui D. Prat, A. Raynal-Roques, A. Roguenant (Édit.) Éditions Belin, Paris, 2008. Actes du Colloque Dijon, 31 janvier-3 février 2007 publés sous l’égide de France Orchidées et de la Société Linnéenne de Lyon. Drôles d’espèces. Hybridation, perturbations de la méiose et spéciation dans le règne animal : quelques points délicats de terminologie, d’éidonomie et de nomenclature Alain Dubois Muséum national d’Histoire naturelle, Systématique & Evolution, USM 602 Taxonomie & Collections, Reptiles & Amphibiens, 25 rue Cuvier, 75005 Paris, France adubois@mnhn.fr Introduction Au sein de la systématique, domaine de la bio- logie qui étudie la diversité des organismes vivants de notre planète, le rôle de la taxinomie (ou taxonomie) est de les comparer, décrire, attribuer à des taxons (unités classificatoires) et nommer (nomenclature). La taxinomie comporte deux disciplines fort distinctes. La première, souvent appelée alpha-taxinomie, taxinomie descriptive ou microtaxinomie (micro- taxonomy 1 ), a pour objectif de découvrir, étu- dier, décrire et nommer les espèces, sous-espèces et taxons de rangs voisins (dits inférieurs). Cette discipline a en fait peu à voir avec la deuxième discipline, la macrotaxinomie (macro- taxonomy 2 ), qui est chargée de l’établissement des relations cladistiques entre espèces et de la construction de classifications supraspécifi- ques, incluant les espèces dans une hiérarchie successive de genres, familles, ordres, classes et autres taxons dits supérieurs. Les deux discipli- nes se trouvent actuellement souvent en conflit pour les budgets et les postes, et la microtaxi- nomie pâtit beaucoup de cette situation 3 . Une clarification terminologique rendrait proba- blement service à cette discipline bien particu- lière qu’est la « science de l’espèce », lui permettant de mieux s’identifier et à ses acteurs de la défendre mieux et de la promouvoir. Cela pourrait se faire en utilisant des termes complètement distincts pour les deux types de taxinomies reconnus par Mayr & Ashlock (1991). La macrotaxinomie, de nos jours, repose de manière quasi consensuelle sur des hypothèses de relations phylogénétiques entre taxons. Une telle taxinomie mérite le nom de taxinomie phylogénétique (phylogenetic taxonomy 4 ) ou plus brièvement cladonomie (cladonomy 5 ). Ce dernier terme pourrait être utilisé pour désigner la plupart des macrotaxinomies actuellement employées. Trois termes synonymes ont été