La Renaissance perfectionnée. Le Cinquecento dans Palais, maisons et autres édifices modernes dessinés à Rome de Charles Percier et Pierre Fontaine Jean-Philippe Garric Italianisme, enseignement, livre et théorie, Villa Médicis, École des Beaux-arts, architecture domestique, architectures mineures 25 Les architectes Charles Percier (1764-1838) et Pierre Fontaine (1762-1853), connus pour avoir œuvré au service de Napoléon, sont également les auteurs de deux recueils d’architecture consacrés aux édifices de «Rome moderne», qui eurent un immense succès dans la France du Consulat et de l’Empire. Le premier, Palais, maisons et autres édifices modernes dessinés à Rome, sur lequel nous allons plus particulièrement nous pencher ici, a paru par livraisons successives de 6 planches entre 1798 et 1801. Le second, Choix des plus cé- lèbres maisons de plaisance de Rome et de ses envi- rons, a vu sa production s’étaler sur une durée plus longue, de 1809 à 1815 1 . L’un et l’autre ont bénéficié d’une large diffusion auprès d’un public nombreux, d’architectes, d’artistes et d’amateurs éclairés, mais ils ont aussi initié une tradition, in- citant plusieurs des élèves de Charles Percier eux- mêmes lauréats du prix de Rome à publier à leur tour des recueils de modèles italiens: des livres qui occupent une grande place dans l’édition et dans la théorie architecturales françaises de la première moitié du XIX e siècle 2 . Les deux architectes apparaissent ainsi comme les principaux agents d’un basculement qui s’est opéré à Paris autour de 1800, lorsque l’Italie s’est imposée comme la grande référence en matière d’architecture domestique, dans un domaine jusque-là considéré comme une spécialité françai- se. Influents dans les institutions, dans l’enseigne- ment et auprès du public, grâce notamment à leurs publications, ils n’ont pas créé de toutes pièces un italianisme déjà latent dans les années qui précèdent la Révolution – lorsque eux-mêmes séjournaient à Rome – mais ils ont su l’installer durablement dans la culture et dans l’imaginaire des architectes français. Cette orientation a per- duré jusqu’aux dernières décennies de l’École des Beaux-arts, après la Seconde guerre mondiale. Le principe même de cet intérêt architectural pour l’Italie, qui se nourrit d’une nostalgie et d’un italianisme sans faille, ne fait aucun doute, pas plus que la place centrale que la Renaissance tient, à priori, dans cette démarche. Pourtant, il n’est pas superflu d’interroger plus en détail le regard que Percier et Fontaine portaient sur le Cinque- cento, et de mesurer la place qui lui revient dans leur «Rome moderne», qui n’est pas déterminée par des catégories historiques, mais dont la seule définition possible – à partir de l’étude du corpus concerné – serait qu’elle se définit par opposition à la notion de «Rome antique». PERCIER ET FONTAINE À L’ÉTUDE DE L’ITALIE «MODERNE» Suivant l’habitude des jeunes architectes brillants de leur génération, Percier et Fontaine ont préparé le Grand Prix de l’Académie royale d’architecture. L’obtenir permettait – sans que cela soit automatique – de pouvoir être admis, pour une durée de trois ans, à l’Académie de 2-rsa105-garric (25-42) 14-02-2012 17:39 Pagina 25