Taiwan Studies / 台灣學 Entrepreneurs de Chine et du Continent : une mutation croisée ? 71 Entrepreneurs de Chine et du Continent : une mutation croisée ? - A propos d’un livre de Gilles Guiheux - Benoît Vermander, S.J. Gilles Guiheux, Les grands entrepreneurs privés à Taiwan, la main visible de la prospérité, Paris, CNRS Editions, coll . Asie Orientale, 2002, 253 p., index. Le dynamisme de l’économie taiwanaise, ses passages successifs et réussis d’un paradigme de production à un autre sont des faits connus et bien documentés. Gilles Guiheux a braqué le projecteur sur les agents de la prospérité que sont les grands entrepreneurs privés. Sociologie d’un groupe social, examen d’un ensemble varié de trajectoire, étude de cas sur les specificités du capitalisme asiatique – l’ouvrage offre aussi un éclairage inédit sur les solidarités socio-politiques qui ont marqué l‘ère Kuomindang puis la transition démocratique sous la présidence de Lee Teng-hui. Ce sont donc tout à la fois des pratiques et un éthos que l’auteur analyse, mariant avec bonheur l’examen de cas particuliers à la description d’un modèle d’ensemble. La présente note ne prétend pas rendre compte de l’ouvrage pour lui- même, mais simplement soulever deux questions que suggère sa lecture et qui la prolongent : Le modèle décrit par Gilles Guiheux a-t-il ou aura-t-il un équivalent en Chine continentale ? Le même modèle n’est-il pas caractéristique d’une phase de l’histoire taiwanaise désormais achevée ? Personnellement, j’ai tendance à répondre prudemment par l’affirmative à l’une et à l’autre question. Les débats au sein de la bureaucratie économique, la coopération entre les dirigeants publics et une nouvelle vague d’entrepreneurs, le poids progressif donné aux réseaux et compétences acquis à l’étranger, l’émergence d’un capitalisme familial fondé sur un réseau complexe de solidarités, voilà des traits dont il est facile de trouver aujourdh’ui l’équivalent sur le Continent. Plus encore, l’intitulé du chapitre six, « un capitalisme