"La discrétion, une qualité liturgique" Quelques réflexions d'un membre de l'assemblée eucharistique concernant la dévotion personnelle du président 1 Un dimanche de balade... Il y a quelques temps, mon épouse et moi-même participions avec nos enfants à un baptême célébré dans la petite église d'un modeste village. Le prêtre, tout pénétré de l'importance du baptême et de l'Eucharistie, célébra avec tout son coeur. Hélas ! Durant une heure et demie, ce ne furent que paroles rajoutées à la liturgie : longues monitions improvisées, appels à l'assemblée pour qu'elle saisisse la gravité de ce qui était célébré, explications des rites, prières personnelles improvisées par le prêtre, exhortations diverses jusque pendant l'élévation... Une expérience qu'il faudrait s'efforcer d'oublier, si elle ne venait s'ajouter à un certain nombre d'autres liturgies trop semblables vécues par nous-mêmes, ou par d'autres chrétiens de différents âges, en différents lieux. En effet, combien de fois des membres d'une assemblée liturgique se retrouvent-ils face à un pasteur dont le zèle personnel vient interférer avec la célébration liturgique ? Les formes de cet excès de dévotion sont variées. Par exemple, il peut s'agir d'une homélie-fleuve durant laquelle le prêtre, tellement convaincu de l'importance de son rôle d'enseignant et d'éducateur, exhorte les chrétiens plus de vingt minutes durant. Et ce, dimanche après dimanche. Inutile de s'attarder sur un sujet que notre pape François vient de traiter avec sa franchise habituelle 2 . Ou encore, il peut s'agir d'une gestuelle et d'une récitation théâtrale des paroles de l'Institution : certains prêtres détachent et appuient tellement les mots que l'on a l'impression de n'être plus en présence du Christ qui s'offre à nous en s'offrant à son Père, mais d'une action magique. Et enfin, comment ne pas mentionner tous les petites paroles que certains célébrants ajoutent durant une liturgie ? Des changements mineurs, mais qui traduisent un désir du prêtre d'insister sur tel ou tel aspect de la célébration qui lui semble capital. 1 Article paru dans dans Prêtres diocésains 1510, octobre 2014, p. 354-366. 2 PAPE FRANÇOIS, La joie de l'Evangile, n. 135 s. Je ne traiterai pas ici de la question de l'homélie en elle-même, mais je l'évoquerai seulement dans la mesure où, par sa longueur par exemple, elle peut quelques fois être le symptôme d'un zèle excessif du président d'une assemblée liturgique.