93 « Faire l’homme » ou « être un homme » en danse : la mixité à l’épreuve de l’hégémonie masculine Christophe APPRILL sociologue - Centre Norbert Elias (EHESS-CNRS), Observatoire des Publics, des Professionnels et des Institutions de la Culture (OPPIC) Les relations à l’intérieur d’un couple de danse offrent un contexte privilégié pour observer la construction des genres 1 à tra- vers un rapport non verbal et sensuel à l’autre 2 . Formalisé à la fin du xix e siècle en Europe, le couple dansant sur la scène publique du bal affirme de façon nette les dissemblances entre les sexes, à une époque où un ensemble de distinctions (vêtements et sous- vêtements, pilosité, désignation de l’orientation sexuelle) tend à prendre de l’importance (Katz, 2001 ; Révenin 2007). Traversé depuis 1945 par plusieurs mutations, le système des danses de couple se traduit toujours par une pluralité de scènes (thé dansant, dancing, soirée salsa, bal tango, bal trad…) où le genre est vécu 1. Plusieurs recherches récentes soulignent que la danse met en jeu des questions qui gravitent autour de la thématique du genre, entendu selon la perspective relationnelle où le féminin et le masculin sont le produit d’un rapport social (Thomas, 1993 ; Rannou, 2006 ; Donnat, 2009 ; Apprill, 2013). 2. Cette proposition prend appui sur des matériaux empiriques collectés sur les terrains de pratique et d’apprentissage en tant que danseur, transmetteur et chercheur. Livre 1.indb 93 24/04/14 18:44