Sandra PROVINI LA CHILIADE DE TRIUMPHALI [...] LUDOVICI IN VENETOS VICTORIA D’ANTOINE FORESTIER (1510) Le 1 er mai 1509, Louis XII arrive à Milan. Depuis la capitale de son duché, il organise la guerre contre la République de Venise, décidée par les souverains alliés de la ligue de Cambrai, parmi lesquels le pape Jules II et l’empereur Maximilien. Le 14 mai, au lieu dit d’Agnadel, l’armée française conduite par Charles de Chaumont d’Amboise triomphe des Vénitiens. Les villes voisines jusqu’alors soumises à Venise se rendent au roi les unes après les autres. La campagne contre la Sérénissime, menée par la France seule, n’a duré que dix- sept jours et le succès pour Louis XII est total. La victoire est célébrée en France, mais aussi en Allemagne, à Rome et aux Pays-Bas. Le triomphe de Louis XII est aussitôt chanté par les poètes de la cour, en latin et en français, dans de courts chants de victoire comme dans de longs poèmes relatant l’ensemble de la campagne 1 . De même que sous le règne de François I er , Clément Marot et Jean Salmon Macrin occuperont tous deux la fonction de valet de chambre du roi, sous le règne précédent, « rhétoriqueurs » et poètes néo-latins occupent des positions semblables à la cour. Ainsi, la victoire de Louis XII sur Venise se trouve célébrée dans les deux langues : tandis qu’Antoine Forestier publie en latin sa Chiliade Au sujet de la victoire du triomphant et illustre roi des Français, le très chrétien et très invincible Louis XII, sur les Vénitiens, Jean Marot, poète attaché à la reine Anne de Bretagne, compose en français son Voyage de Venise qu’il offre sous la forme d’un riche manuscrit à sa souveraine. Ces deux œuvres s’inscrivent dans une série très fournie de longs poèmes narratifs latins ou de prosimètres français consacrés aux guerres d’Italie dès le règne de Charles VIII. On sait que D. Mururasu a vu une première période dans la production néo-latine française jusqu’en 1525 : la première poésie latine, écrit-il, est essentiellement une poésie de circonstance, tournée vers la religiosité et la glorification patriotique 2 . Le développement de cette poésie néo-latine doit beaucoup aux étrangers, principalement à l’Italien Fausto Andrelini de Forli (1462 ?-1518) qui devient poète royal sous Charles VIII et le reste sous le règne de son successeur 3 . Andrelini a joué un rôle essentiel dans la mode du long poème héroïque sur l’histoire immédiatement contemporaine : avec son De Neapolitana Fornoviensique victoria, publié en 1496 4 , il a introduit en France ce genre très répandu en Italie et a fourni aux poètes français un modèle de poème narratif épique et épidictique dont ils s’inspireront largement tout en l’adaptant à leur propre personnalité. 1 Notamment : Anonyme, Ballade aux Venitiens et Invective contre les Venitiens. Exortacion, dans Les excellentes vaillances, batailles et conquestes du roy delà les mons, s.l.s.d. (c. 1510) ; Anonyme, La Complainte de Venise, s.l.s.d. ; Antoine Forestier, De triumphali atque insigni christianissimi invictissimique francorum regis Ludovici duodecimi in venetos victoria. Chilias Heroica, Paris, De Marnef, s.d. (1510) ; Jean Marot, Le Voyage de Venise, éd. critique et commentaire de G. Trisolini, Genève, Droz, 1977. 2 D. Mururasu, La poésie néo-latine et la Renaissance des lettres antiques en France (1500-1549), Paris, Librairie universitaire J. Gamber, 1928. 3 Sur Fausto Andrelini, voir G. Tournoy-Thoen, “Fausto Andrelini et la cour de France”, L’Humanisme français au début de la Renaissance, Colloque international de Tours (XIV e stage), Paris, Vrin, 1973, p. 65-79 et Publi Fausti Andrelini Amores sive Livia, Brussel, Akademie voor Wetenschappen, Letteren en Schone Kunsten van België, Klasse der Letteren, Jaargang 44, n°100, 1982. 4 Publio Fausto Andrelini, De Neapolitana Fornoviensique victoria, Paris, Guy Marchant et Jean Petit, 1496 (rééd. Nicolas des Prez, 1513).