1 « Les Universités russes sont‐elles compétitives ? » Tatiana Kastoueva‐Jean (dir). Paris : CNRS Editions, 2013, 314 p. Proposition de note de lecture pour la Revue de la Régulation Julien Vercueil « Analyser l’état de l’enseignement supérieur russe et les tendances de son évolution au moment où sont lancées les réformes les plus importantes depuis la disparition de l’URSS » (p. 9) : telle est l’ambition de cet ouvrage collectif dirigé par Tatiana Kastoueva‐ Jean. La question de la reconstruction du potentiel scientifique en Russie, encore marqué par la décennie perdue (1992‐1998), est donc abordée dans ce livre sous l’angle du système universitaire (l’Académie des Sciences de Russie n’est évoquée que subsidiairement), lequel peine à se donner une direction claire malgré la reprise des financements publics. Cette hésitation est le fruit d’une contradiction profonde : d’un côté, la rhétorique du pouvoir et les principales mesures qu’il a lancées depuis le milieu de la décennie 2000 donnent le sentiment que l’université bénéficie d’une attention renouvelée en haut lieu, marquée par un double mouvement de renforcement et d’autonomisation des établissements les mieux notés ; de l’autre, cette attention se traduit sur le terrain par une centralisation des décisions qui risque de paralyser les initiatives ou de les focaliser sur la recherche à tout prix d’un accès au couloirs du Kremlin, reproduisant les comportements typiques…. d’avant 1992. Ces tensions se déroulent sur fond de dépression démographique (les classes creuses de la décennie 1990 arrivent à l’âge universitaire) et de mondialisation de l’enseignement supérieur et de la recherche qui ne manque pas de toucher la Russie, avec son cortège d’instruments de normalisation sous la forme des classements internationaux et des outils de « benchmarking » que nous connaissons, appliqués à la gouvernance et aux résultats de l’activité des universités. L’ouvrage dirigé par Tatiana Kastoueva‐Jean propose une plongée dans ces transformations concomitantes et contradictoires en donnant la parole aux principaux acteurs du système universitaire de Russie (recteurs – c’est‐à‐dire présidents d’universités ‐, professeurs, chercheurs, étudiants) du secteur public comme du privé, par le biais d’une série d’études de cas qui sont autant d’occasions de mettre en évidence, par comparaisons et généralisations, les évolutions d’ensemble du secteur. Après un chapitre consacré aux principales mesures gouvernementales adoptées depuis 2005 dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’ouvrage propose les études successives du « projet MISiS » (Université technologique de l’acier et des alliages de Moscou), du Haut Collège d’Économie (une création post‐soviétique), de l’Université technique Bauman (fleuron national des secteurs de l’aviation et de l’aérospatiale), de l’université Goubkine (formant à Moscou les cadres et ingénieurs du secteur énergétique), de l’Université Fédérale de l’Oural (issue à Ekaterinbourg de la fusion d’une université d’État et d’une université technologique), et de deux universités privées moscovites. Nous n’entrerons pas ici dans les détails – très informatifs – de ces