Annie LAGARDE FOUQUET Juin 2013 QuaŶd les fils de Saŵouraïs étudiaieŶt à l’École CeŶtrale 1 Quand les fils de samouraïs étudiaient à l’École Centrale. Au tournant des années 1860-1870, le Japon confronté aux enjeux de la modernité a su trouver, dans les transferts de technologie et l’assistance d’experts étrangers sous contrat, les moyens d’assumer la transformation d’un pays féodal archaïque en un État centralisé moderne. Il a aussi réussi à mobiliser l’énergie, la soif de connaissances et le nationalisme de jeunes Japonais, issus de familles de samouraïs, pour les mettre au service de l’indépendance technologique de leur pays 1 . En moins d’une génération, les cadres occidentaux ont été remplacés par des Japonais formés à l’étranger, qui ont eux-mêmes contribué à la diffusion d’un enseignement de qualité sur le territoire national. Quatre Japonais diplômés de l’École Centrale des Arts et Manufactures, promotions 1876 et 1879, ont efficacement participé à cette mutation. Mais avant de décrire les parcours personnels de Yamada Torakichi, Furuichi Koï, Okino Tadao, et Yamaguchi Hanroku, il est nécessaire d’évoquer le contexte politique, industriel et scolaire dun pays en cours d’occidentalisation. Meiji : Les défis de l’occidentalisation Le 29 juillet 1858, quatre ans après la Convention de Kanagawa qui accordait quelques droits aux navires américains et la présence d’un consul à Shimoda, le gouvernement des États-Unis impose au Japon la signature d’un traité commercial. Des traités bilatéraux analogues sont immédiatement conclus avec la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la France et la Russie. La Prusse rejoint les « Cinq nations en janvier 1861. Ces traités obtenus sous la contrainte marquent l’ouverture contrôlée du pays aux étrangers. En 1863, la révolte de quelques puissants seigneurs féodaux au nom de l’Empereur Mutsu Hito déstabilise le gouvernement (Bakufu) et provoque, après plusieurs années de troubles, le départ des Tokugawa et la restauration de l’Empereur le 3 janvier 1868. C’est la restauration ou révolution de Meiji. Les traités, avantageux pour les occidentaux en matière de droits de douane, prévoyaient, outre l’ouverture de cinq ports où les étrangers pouvaient s’installer, la possibilité pour le gouvernement japonais d’avoir recours à des experts étrangers sous contrat. Cette possibilité a été largement utilisée et de nombreux ingénieurs, architectes, juristes ou médecins ont participé à l’occidentalisation du Japon. Le mouvement amorcé sous le Shogun s’amplifie avec l’arrivée au pouvoir de ses opposants dont le slogan, Jukoku kyohei, un pays riche, une armée forte 2 , nécessitait pour être mis en œuvre de relever des défis institutionnels, économiques, technologiques et humains : Défis institutionnels : Après l’abolition des fiefs (1871) remplacés par des préfectures, et la mise au pas de samouraïs opposés aux changements (1877), le pays met progressivement en place la constitution de Meiji qui est promulguée par l’Empereur en 1889. Bien qu’elle 1 M. Wada, Engineering Education and the Spirit of Samurai at the Imperial College of Engineering in Tokyo, 1871-1886. 2 D. Barjot, « le Japon : La démocratisation ou l’impérialisme ? (1911-1926) » p.109.