QUEL LIEN ENTRE PAUL RICŒUR ET LA SOCIOLOGIE DE LA TRADUCTION ? Ricœur Paul, «Le paradigme de la traduction» [1998], Le Juste 2, Esprit, 2001, p. 125-140 Le texte de Paul Ricœur intitulé « Le paradigme de la traduction » m’a semblé simple et éclairant pour la sociologie de la traduction. Ses aspects très techniques (linguistiques et herméneutiques), pour intéressants qu’ils soient, peuvent être laissés de côté pour en rester au fil conducteur. Ricœur part de trois constatations : l’universalité du langage, l’extrême diversité des langues, et l’existence de tous temps d’une activité de traduction, ne serait-ce que pour les besoins des marchands, des voyageurs ou des espions. Dans une première partie, Ricœur expose le conflit qui conduit les spécialistes de la traduction à se laisser enfermer dans une alternative paralysante et ruineuse : - Ou bien l'hétérogénéité des langues est radicale et implique des visions du monde incompatibles entre elles, alors la traduction est théoriquement impossible : c’est la thèse de l’intraduisible, la traduction parfaite est un rêve inaccessible. - Ou bien la traduction est un fait, et alors il faut en chercher les conditions de possibilité, que ce soit une langue originaire ou un cadre formel a priori (tentatives de lexique ou de codes universels) : c’est la thèse de la langue commune, qui serait une pure adéquation entre les mots et les choses, entre le langage et le monde. Ricœur rejette dos à dos les tenants de ce qu’il appelle le « relativisme de terrain », et ceux du « formalisme de cabinet », unis dans leur rêve de traduction parfaite : malgré tout, « en dépit de l’hétérogénéité des idiomes, il y a des bilingues, des polyglottes, des interprètes et des traducteurs ». Et ils se disputent entre eux, dans la mesure où le critère absolu pour juger de la bonne traduction n’est pas disponible : il n’y a pas de troisième texte, de texte source dont le sens serait transporté sans déformation d’une langue dans l’autre. Bettina Granier, Note brève sur Ricœur, « Le paradigme de la traduction » CMW, avril 2014 1